Les pesticides devant la justice

Le géant américain de la semence, Monsanto, doit comparaitre aujourd’hui devant le tribunal de grande instance de Lyon. La firme pourrait être jugée responsable de l’intoxication d’un agriculteur  charentais, qui a souffert de graves troubles neurologiques après avoir inhalé du Lasso, un puissant pesticide aujourd’hui interdit.

Monsanto comparait une nouvelle fois devant les juges à Lyon aujourd’hui. Mais, plus que le géant de la culture OGM, c’est le procès du “tout chimique” qui s’ouvre aujourd’hui, et les juges seront amenés à évaluer l’impact des pesticides sur la santé des agriculteurs. La justice a été saisie par Paul François, un agriculteur charentais, qui se retrouve invalide à 50%, en raison de graves troubles neurologiques survenus en 2004, après avoir inhalé du Lasso, un pesticide aujourd’hui interdit, produit par Monsanto.

“Une partie de la population agricole va en crever”

A la différence d’autres agriculteurs intoxiqués progressivement par les produits chimiques qu’ils manipulent chaque jour, Paul François a subi une intoxication aigüe en nettoyant le fond d’une cuve contenant du Lasso. Il n’y a donc aucun doute sur l’implication du produit dans les troubles connus par l’agriculteur. “Moi je suis vivant aujourd’hui mais il y a une partie de la population agricole qui va être sacrifiée, qui va en crever“, explique-t-il. “Nous n’avions pas idée que l’accumulation de ces produits allait avoir des effets vingt, trente ans après. Dans cette génération qui a commencé à travailler avec des pesticides dans les années 80, beaucoup sont en train de souffrir dans leur coin“, ajoute celui qui a créé en 2011 Phyto’Victimes, une association qui aide les agriculteurs à faire reconnaitre leur pathologie comme maladie professionnelle.

De son côté, la Mutualité Sociale Agricole a également mis en place un réseau de vigilance depuis 1996, permettant aux agriculteurs de faire connaitre de manière anonyme les différents troubles constatés suite à l’utilisation de certains pesticides.  Yves Cosset, médecin en chef de la santé et de la sécurité au travail à la MSA, explique que “depuis la mise en place de ce réseau, 2.700 signalements ont été enregistrés, soit près de 200 par an en moyenne“. “Ils concernent surtout des irritations cutanées, les troubles digestifs comme les diarrhées ou les problèmes neurologiques” précise-t-il à l’AFP. Toutefois, seules 47 demandes de classement de ces troubles en maladie professionnelle ont été acceptées ces 10 dernières années.

“Si on avait un problème, on l’aurait déjà vu”

Côté Monsanto, on explique que les pesticides sont nécessaires à l’agriculture et ont permis d’augmenter les rendements. Et l’Union de l’Industrie de Protection des Plantes souligne que le Lasso avait bénéficié d’une autorisation de mise sur le marché délivrée par le ministère de l’Agriculture. Par ailleurs, son directeur , Jean-Marie Bocquet ajoute que “si on avait un problème fort sur la santé avec les pesticides on l’aurait déjà vu“, avant de préciser que 75% environ des substances, parmi les plus toxiques, ont été retirées en application de la réglementation européenne.

 

 

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