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Changement climatique : les assurances à la croisée des chemins

Covéa

La multiplication des phénomènes climatiques extrêmes contraint le secteur de l’assurance à réviser ses modèles et augmenter ses tarifs. Mais aussi à jeter son dévolu sur un marché de la réassurance qui apparaît plus stratégique que jamais, comme en témoignent les rapprochements récents entre Berkshire Hathaway Inc et Alleghany, ou entre Covéa et PartnerRe. 

L’image a fait le tour des télévisions et réseaux sociaux : le 23 octobre, une tempête aux airs de « mini-tornade » américaine s’est abattue sur plusieurs localités du nord de la France, causant de spectaculaires dégâts sur plusieurs bâtiments. Conséquence de cet événement météorologique aussi violent qu’incongru à cette époque de l’année et dans cette partie du territoire français, près de 4 000 dossiers d’indemnisation IARD (incendies, accidents et risques divers) devraient être déposés par les personnes affectées par la catastrophe, pour un montant prévisionnel évalué à 65 millions d’euros. Une illustration supplémentaire des conséquences d’un dérèglement climatique à cause duquel se multiplieront les phénomènes extrêmes qui vont, eux-mêmes, faire peser sur les assureurs une pression financière croissante.

Car tous les signaux sont au rouge. « S’il n’est pas rare que des tornades touchent ces régions (du nord de la France), de tels évènements avec cette intensité restent peu fréquents pour la saison. C’est clairement un effet du changement climatique », tranche Gilles André, le directeur général de RiskWeatherTech, une société spécialisée dans la modélisation climatique qui travaille avec plusieurs grands noms français de l’assurance : Covéa, Axa, Abeille Assurances, etc. Des assureurs qui, justement, voient leurs modèles profondément impactés par le dérèglement du climat – sans parler de la guerre en Ukraine ou de l’inflation. France Assureurs estime ainsi le montant total des dégâts causés en France au terme des huit premiers mois de l’année à 5,2 milliards d’euros, une somme à laquelle il faudra ajouter les 2,4 milliards de dégâts causés par la sécheresse estivale sur les bâtiments. Traduction : le secteur anticipe, après un exercice 2022 malheureusement historique, une hausse généralisée des tarifs.

 

Un mouvement mondial de consolidation

Cela suffira-t-il ? Sans doute pas, tant les tempêtes, inondations et autres glissements de terrain sont appelés à devenir la norme au cours des années à venir : un rapport publié en mars 2022 table ainsi sur une augmentation, en France, de 130% des dommages dus aux crues torrentielles et de 110% pour ceux liés aux inondations. Et le géant Swiss Re a estimé, en début d’année, que les pertes économiques mondiales dues aux catastrophes naturelles s’élevaient, pour la seule année 2021, à 270 milliards de dollars – soit l’équivalent de 0,3% du PIB mondial.

Comment, dès lors, continuer d’assurer les biens et les personnes dans un monde soumis à des catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes et violentes ? La solution est à chercher du côté d’un secteur indispensable à la solidité et à la pérennité du monde de l’assurance : les réassureurs, ces acteurs dont l’activité consiste à soutenir les assureurs lorsque ces derniers ont un besoin urgent, imprévu ou particulièrement élevé en liquidités. Un marché qui pèse déjà 270 milliards de dollars et qui croît, en moyenne, de 3,3% par an.

Le monde de l’assurance-réassurance, déjà fortement challengé par les conséquences de la pandémie de Covid-19, a cette fois eu le temps – relatif – de voir venir et est en train de se réorganiser afin d’être en mesure d’absorber les inévitables futurs chocs dus au changement climatique. Ainsi s’observe, au niveau mondial, un large mouvement de consolidation. Plus gros, les acteurs de l’assurance et de la réassurance seront, théoriquement, plus solides pour absorber les futures catastrophes. Berkshire Hathaway Inc, le conglomérat d’investissement du célèbre financier Warren Buffett, a ainsi récemment mis la main sur le réassureur américain Alleghany – une opération à 12 milliards de dollars. Et les acteurs français, eux, ne sont pas en reste. Récemment, c’est le leader mutualiste Covéa qui a absorbé, pour 7,7 milliards d’euros, le réassureur bermudien PartnerRe.

Ces opérations comme celle de Covéa représentent notamment un moyen, pour les assureurs, de bénéficier de la bonne connaissance qu’ont les réassureurs des risques liés au changement climatique et, en cas de catastrophe majeure, de se garantir une sorte de « filet de sécurité ». Derrière ces fusions-acquisitions se jouent, enfin, d’importantes questions de souveraineté et de positionnement stratégique, chaque puissance mondiale ayant intérêt, dans un contexte d’incertitude, à pouvoir compter sur des champions nationaux de l’assurance-réassurance à même de soutenir son économie et ses citoyens face aux conséquences du dérèglement du climat.

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