Fillon veut maîtriser la facture de l’électricité solaire

  • par Pierre Robert
  • 23/02/2011
  • Energie
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François Fillon hier devant le CESE (crédit Benoît Granier)

Au sortir d’une série de concertations avec les professionnels, et à quelques jours de l’annonce officielle de nouvelles règles du jeu qui animeront la filière photovoltaïque, le Premier ministre a dévoilé les grandes lignes de cette régulation. François Fillon en a profité pour souligner que cette politique d’aides publiques pourrait coûter jusqu’à 2 milliards d’euros aux Français, nécessitant en contrepartie des engagements de la part des professionnels.

S’exprimant hier devant le Conseil économique, social et environnemental, François Fillon a donné livré son sentiment sur les principes qui devront désormais guider la politique gouvernementale en matière d’énergie solaire, à partir du 9 mars prochain. Le Premier ministre a confirmé que «la cible annuelle en rythme de croisière » pour les nouvelles installations serait fixée à 500 mégawatts (MW), contre 700 à 1 000 MW réclamés par les professionnels.

« Nous assistions à l’installation de panneaux de piètre qualité, dans des conditions environnementales et urbanistiques très rudimentaires, qui avaient peu à voir avec un développement vertueux des énergies renouvelables. Cet emballement ne pouvait à terme que nuire à la cause environnementale » a affirmé l’élu de la Sarthe, pour expliquer la « pause » des projets décidée début décembre, afin de « réfléchir aux moyens de mettre en oeuvre un développement maîtrisé et une gouvernance effective ».

Plus de 3 400 MW dans les tuyaux

Comprenant que les professionnels du solaire aient « besoin de visibilité » et d’ « un marché national de taille critique pour consolider et développer la filière », François Fillon a souligné que pour 2011 et 2012, ils disposent d’objectifs de puissance « encore jamais égalés ». Le Premier ministre a rappelé en effet que les projets préservés par le décret de décembre dernier représentent plus de 3 400 MW, soulignant que la pause instauré n’a pas annulé les projets existants.

« On estime que ce sont au moins 2 000 MW qui seront effectivement développés dans cette période ; auxquels viendront s’ajouter 500 MW qui constituent notre cible annuelle en rythme de croisière » a affirmé François Fillon. En 2 ans, ce sont donc au moins 2 500 à 3 000 MW qui seront installés a-t-il précisé soulignant cette « progression fulgurante ».

« A fin 2010, nous avions atteint 1 000 MW ; nos objectifs Grenelle étaient à 1 100 MW en 2012 et 5 400 MW en 2020 » a rappelé le Premier ministre, considérant que le gouvernement s’engage aujourd’hui sur « des volumes de marché très suffisants pour assurer une démarche de filière ». Si jamais une part des projets antérieurs à la période de concertation ne devait pas voir le jour, le gouvernement donne même rendez-vous aux industriels mi-2012, lorsque la programmation pluriannuelle d’investissement sera révisée, pour revoir, le cas échéant, cet objectif à la hausse.

Les factures d’électricité alourdies de 1,5 à 2 milliards

Le Premier ministre a par ailleurs précisé qu’il entend « traiter différemment les projets en fonction de leur ampleur ». Ainsi, les fermes au sol et les installations sur de très grandes toitures seront traitées par appel d’offres, et définiront des critères de qualité environnementale et urbanistique, des conditions de recyclage des déchets de l’installation, un fort contenu d’innovation.

En parallèle, les particuliers et les petites installations seront soumis, comme aujourd’hui, à un régime de tarif de rachat, parce qu’ils obéissent à des motivations différentes. « Il ne s’agit pas de compliquer outre mesure les procédures » souligne François Fillon qui demande cependant aux particuliers aussi « de respecter des critères qualitatifs », et à tous « des garanties bancaires ».

« Ces exigences crédibiliseront le professionnalisme de la filière et devraient éloigner tous ceux dont le comportement spéculatif passé a nui à la réputation de cette industrie émergente » a affirmé le responsable de Matignon. « Ces exigences représentent aussi la contrepartie de l’effort engagé par les pouvoirs publics » a-t-il précisé.

« Les énergies renouvelables ne sont pas une profession de foi à n’importe quel prix : en photovoltaïque, lorsqu’on installe 1 000 MW / an, nous ajoutons 500 millions d’euros sur les factures des consommateurs d’électricité » a tenu à rappeler le Premier ministre. « En installant, au moins 2 500 MW d’ici fin 2012, la part financière prise par la collectivité est considérable : 1,5 milliard d’euros ; 2 milliards si les volumes atteignaient 3 000 MW » a conclu François Fillon.

Seulement au début

En conclusion, François Fillon a confirmé que le gouvernement entend « accompagner » le développement de la filière solaire, mais pas n’importe comment, ni à n’importe quel prix. « Le développement du photovoltaïque a un prix, partageons-le mais seulement au début ! Ensuite, il revient aux opérateurs industriels de faire la preuve qu’ils ont pour ambition la maturité et la viabilité économique, sur le marché national mais aussi à l’export » a prévenu le chef du gouvernement.

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