OGM : la pomme de terre de discorde

La Commission européenne a décidé d’autoriser hier, la culture de la pomme de terre génétiquement modifiée Amflora mise au point par la firme BASF. Sans surprise, même si cette autorisation n’est pas destinée à l’alimentation humaine, elle provoque logiquement une série de réactions pour la plupart très hostiles.

Les anti-OGM le redoutaient, c’est fait. A peine installée, la nouvelle Commission Barroso vient de donner son autorisation à la culture de la pomme de terre Amflora, un tubercule conçu par BASF, destiné à l’usage industriel pour son amidon et à l’alimentation animale. Bruxelles n’avait plus autorisé de culture OGM en Europe depuis 1998 et le maïs OGM de Monsanto, le MON 810.

Aller de l’avant dans les nouvelles technologies

La décision de la Commission se fonde sur l’avis positif de l’Agence européenne de sécurité des aliments (AESA ou EFSA) qui avait estimé que cette pomme de terre ne présentait pas de risques pour la santé. Le féculent de cette pomme de terre BASF est renforcé en amylopectine, un composant de l’amidon utilisé par l’industrie dans la fabrication de textiles, de papier ou encore de béton. Il contient par ailleurs un gène marqueur de résistance aux antibiotiques.

Pour le Maltais John Dalli, Commissaire à la Santé, cette autorisation souligne la volonté de l’Union de “continuer à aller de l’avant dans la nouvelle ère des nouvelles technologies“. BASF s’est bien entendu réjouit de cette décision en annonçant qu’il souhaitait débuter la culture de sa pomme de terre dès 2010, notamment en Suède, aux Pays-Bas, en République tchèque, et en Allemagne.

En France, on freine des deux pieds. Le Ministère de l’Ecologie rappelle que cette décision de la Commission suit la procédure normale prévue par la réglementation à la suite de l’absence d’accord politique entre les Etats membres sur ce dossier lors de la session du 16 juillet 2007 du Conseil agriculture. Suite à cette décision, le gouvernement français a décidé de saisir le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) notamment sur la présence, dans cette pomme de terre, d’un gène marqueur de résistance à un antibiotique.

Le ministère de Jean-Louis Borloo précise que la France attendra l’avis du HCB pour arrêter sa position. D’une façon plus générale, le gouvernement souligne que la France souhaite qu’il n’y ait plus d’autorisation d’OGM sans le renforcement de l’expertise scientifique communautaire, en application des conclusions adoptées à l’unanimité par les Etats membres lors du Conseil européen des ministres de l’Environnement du 4 décembre 2008.

Pression des multinationales

Du côté des écologistes, les réactions sont évidemment virulentes. Pour Europe Ecologie, “en acceptant aujourd’hui la mise en culture de la pomme de terre transgénique AMFLORA, développée par BASF, la Commission européenne cède une nouvelle fois face aux exigences des multinationales“. Pour rappel, de nombreux produits commercialisés en France sont déjà issus de cultures OGM.

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