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Des permis de construire qui sont des permis de détruire !

Par Victor Hugo Espinosa, ingénieur spécialiste en risques majeurs, professeur et président du collectif EcoForum, qui regroupe 150 associations environnementales. L’auteur d”Etude des Catastrophes” revient sur la tempête Xynthia, et tire la sonnette d’alarme.

Je souhaite lancer un coup de gueule contre une politique du risque, tant au niveau national qu’international, très laxiste dans l’attribution des « permis de construire » et surtout inacceptable et irresponsable devant  tant de morts et de blessés. Certes, l’humanité ne peut pas empêcher l’ensemble des catastrophes mais elle peut tout faire pour diminuer leurs conséquences, aussi bien en pertes humaines que matérielles.

Le 26 décembre 2004 dans l’océan indien, plus de  225 000 personnes ont trouvé la mort après les tsunamis engendrés par un séisme sous-marin majeur, d’une magnitude de 9,1 au large de l’île indonésienne de Sumatra. Plus de la moitié des vies aurait été sauvées, avec un aménagement du territoire intelligent et un système d’alerte efficace.

A Haïti, le bilan des victimes du séisme du 12 janvier 2010 atteint presque 150.000 morts et 200.000 blessés. Il faut bien constater que nous ne sommes pas égaux devant les risques. Face à la même catastrophe, un pays pauvre compte souvent beaucoup plus de victimes. Pourtant,  si la moitié des sommes que les pays riches ont donné en aide après les catastrophes, avaient été données en amont, il aurait été possible d’organiser la prévention, et ainsi de réduire considérablement le nombre des victimes et les dégâts matériels.

Le dimanche 28 février 2010, un violent séisme d’une magnitude de 8,8 a eu lieu au Chili,  il a provoqué la mort de 711 personnes, 1,5 million de personnes sont affectées et près de 500 000 bâtiments ont été touchés. C’est un pays qui présente un risque sismique important, mais nous pouvons constater que le nombre des victimes, par rapport à Haïti est sans commune mesure. Le meilleur exemple concernant la prévention de ce risque, est évidemment le Japon

Ce même dimanche 28 février, la France a été frappée par la tempête Xynthia, l’une des plus violentes depuis celle de 1999, elle a provoqué au moins 51 morts et privé d’électricité un million de foyers en France. Voici le résultat d’un laxisme politique, qui accorde des permis de construire en zones inondables, mais qui sont devenus de vrais permis de détruire voire de mourir !

Il y a déjà quelques années, la DDE avait clairement donné un signal d’alerte concernant la gravité des risques encourus dans cette zone. Malheureusement personne n’a eu le courage politique de mettre en place un système d’alerte efficace qui aurait permis au moment de l’urgence de faire évacuer les personnes en danger.  En 10 minutes les citoyens sinistrés se sont trouvés avec 1,5 mètre d’eau dans leurs habitations ! Avoir signalé à la population une alerte rouge pour le vent et mourir noyé c’est incompréhensible et inacceptable !

Même si le pompage va provisoirement régler le problème, il faudra impérativement mettre en place un réel système d’alerte, organiser des procédures d’évacuation et accompagner à moyen ou long terme l’expropriation sur les zones à plus hauts risques ! Au delà de la mission d’inspection demandée par le Président de la République, une commission parlementaire sur les risques est nécessaire pour faire toute la lumière sur les irrégularités, et  pour enfin bâtir une politique de risques digne du XXIème  siècle.

Le manque de volonté politique dans l’aménagement du territoire, le manque de rigueur dans l’attribution des permis de construire, et le super bétonnage des villes ne font qu’augmenter dangereusement les risques d’inondations, avec des conséquences de plus en plus graves. A cela s’ajoute la vétusté des réseaux d’égouts, ou leur sous dimensionnement criant face à l’accroissement de la population dans les agglomérations.

Devant la pression foncière, surtout en zones littorales, un renforcement des règles  d’attribution des permis de construire est nécessaire. Nous ne pouvons laisser ainsi mettre en péril la vie et les biens de nos concitoyens. La grande majorité des politiques connaissent parfaitement  ces mauvaises pratiques, et ferment les yeux, influencés par les recettes et les diverses taxes. Les PPR (Plan de Prévention des Risques) et les SAGE (Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux) par exemple, ont du mal à s’imposer et à se faire entendre parce qu’il y a une grande résistance des décideurs!

Une de priorité serait d’introduire dans la vie politique française une culture du risque. Par exemple de rendre les cartes des zones inondables accessibles à tous et de créer des « ambassadeur risques », qui auraient pour mission de passer de foyer en foyer, pour expliquer à chacun la façon dont sera donnée l’alerte et les procédures à suivre en cas d’urgence. Il s’agit d’une mesure politique indispensable pour réduire le nombre des morts !

La montée des eaux est également une réalité qui doit être prise en compte dans l’aménagement du territoire. Bien souvent nos digues sont mal entretenues ou trop vieilles, et ne garantissent pas la sécurité des riverains, alors dans certains cas il faudrait avoir le courage politique de réparer les bêtises du passé ; par exemple exproprier et reloger des citoyens qui risquent leur vie en cas d’inondation ! L’effet domino ou de réactions en chaînes  (amenant d’autres catastrophes) est aussi à considérer, il est fondamental d’informer les citoyens ! Les permis de construire délivrés à  proximité des industries constituent à cet égard un risque décuplé, et trop souvent minimisé.

A titre d’exemple j’ai réalisé des cartes de la montée des eaux à Marseille, elles permettent de visualiser les points bas de la ville qui sont les plus exposés en cas de pluies diluviennes comme celles de 1999. Avec l’accélération du bétonnage que connaît la région, les risques sont de plus en plus importants ! En  PACA la pression foncière et telle que dans 60 ans il n’y aura  plus un m2 de terre agricole !

Le 21 mai 2007, j’ai écrit un « Appel à la réflexion du Président de la République Française » dans lequel je l’interpellais entre autre sur le risque de Tsunamis en Méditerranée, en effet, il n’existe aucun système d’alerte, malgré des risques avérés. Une vague de 10 mètres de haut en Asie a causé plus 225 000 morts. Une vague de moindre hauteur, considérant les millions de vacanciers sur nos côtes en plein été, pourrait provoquer des dégâts plus importants. L’information donnée par les satellites est insuffisante. En Méditerranée, selon l’UNESCO, une dizaine de stations équipées d’un sismomètre seraient nécessaires pour donner l’alerte.

Et je ne reviendrai pas ici sur les cartes de la pollution atmosphérique  qui est une catastrophe chronique annoncée. Aujourd’hui cette pollution tue plus de 40.000 personnes par an en France, et en toute discrétion. Nous sommes au c?ur d’une économie de la mort avec ses cancers et ses pollutions.

Dans le souci d’éviter toute mauvaise interprétation, je tiens à souligner que les services de la Protection Civile en France sont parmi les  meilleurs du monde mais ces services deviennent inopérants en face d’une grande catastrophe qui demande beaucoup plus d’effectifs que l’existant !

Le contenu et les informations publiés dans les tribunes relèvent de la pleine et entière responsabilité de leurs auteurs. Enviro2B ne saurait en aucun cas être tenu pour responsable des informations diffusées.

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