L’Europe en panne d’�nergie

michel_derdevet.JPGPar Michel Derdevet, Ma�tre de conf�rences � l’Institut d’�tudes politiques de Paris et Directeur de la Communication et des Affaires Publiques de RTE. Auteur de nombreux ouvrages que la question �nerg�tique, il publie le 25 mai “L’Europe en panne d’�nergie”, aux �ditions Descartes, un plaidoyer pour une politique �nerg�tique commune.

L’Europe de l’�nergie est domin�e par un paradoxe : alors m�me que les citoyens europ�ens estiment qu’elle rel�ve des priorit�s de l’Union et de l’int�r�t g�n�ral commun, les d�cisions politiques semblent parfois domin�es par les int�r�ts priv�s, par la puissance des entreprises du secteur et par l’h�t�rog�n�it� qui les caract�risent. Tout se passe comme s’il fallait, pour comprendre et “d�crypter” les prises de positions des Etats ou des parlementaires (nationaux ou europ�ens), avoir en t�te une cartographie � jour de chaque pays concern�, de ses ressources naturelles et de son organisation industrielle.

Alors m�me que le gouvernement allemand s’opposait � l'”ownership unbundling” demand� par la Commission europ�enne, le groupe allemand E.ON concluait un accord avec la Commission, par lequel il acceptait de vendre environ 5.000 MW de capacit�s de production et son r�seau de transport. Alors sous le coup d’une enqu�te anti-concurrentielle par la Commission, E.ON a ainsi pr�f�r� n�gocier avec celle-ci, quitte � placer le gouvernement d’Angela Merkel dans une situation d�licate � quelques heures de la rencontre des chefs d’Etat et de gouvernements de mars 2008 consacr�e au sujet.

De m�me, le pouvoir politique est rapidement confront� � des oppositions et des contradictions entre les trois piliers d�crits dans les trois chapitres de cet ouvrage : s�curit� d’approvisionnement, environnement et efficacit� �conomique par le march� apparaissent bien souvent contradictoires.

Le premier pilier est la s�curit� d’approvisionnement. A l’�chelle de l’Union europ�enne, il est n�cessaire de mettre en place des politiques de solidarit�, mais aussi des partenariats �nerg�tiques ext�rieurs solides qui permettent d’assurer ce premier objectif : la s�curit�.

Le deuxi�me pilier est l’environnement. L’union europ�enne s’est r�v�l� le fer de lance de la r�volution de l’environnement, en pesant sur le lancement du protocole de Kyoto et en annon�ant des objectifs ambitieux. C’est aujourd’hui par le d�veloppement d’une diplomatie environnementale multilat�rale, ainsi que par l’exp�rimentation d’une nouvelle �conomie environnementale qu’elle peut se d�velopper et influer sur le reste du monde. A ce titre, les politiques de recherche et d�veloppement doivent �tre d�velopp�es.

Enfin, le troisi�me pilier a trait � la comp�titivit� �conomique, symbolis�e par la cr�ation d’un grand march� int�rieur de l’�nergie. Ce march� permettrait de consolider la s�curit� des approvisionnements, mais aussi d’assurer l’efficience du secteur. Encore en construction, il n’a pas convaincu tous les acteurs de la politique �nerg�tique. C’est qu’il ne peut �tre �tendu sans que soit pens� en m�me temps un v�ritable pouvoir de r�gulation politique, ainsi que la cr�ation d’un service public de l’�nergie qui r�ponde aux int�r�ts de tous les consommateurs europ�ens.

Comment concilier la production d’�nergie “d�carbon�e” sans augmenter son prix ? Le m�canisme de Kyoto, le d�veloppement d’�nergies renouvelables ne sont pas exempts de co�ts. A quel moment ces co�ts risquent-ils de nuire � la comp�titivit� ?

Comment poursuivre � la fois un objectif de s�curit� d’approvisionnement et d�velopper la concurrence ? De nombreux Etats cherchent � d�velopper des “champions nationaux”, voire des “champions europ�ens”, pour leur donner un pouvoir de n�gociations fort face aux grands fournisseurs de gaz. De m�me, l'”ownership unbundling” est critiqu� au nom de la d�fense des entreprises, dans un cadre mondial.

Afin de redonner du poids au politique, il nous semble temps de faire preuve d’une ambition nouvelle, de d�passer les palinodies techniques et de cr�er une vraie “Communaut� europ�enne de l’�nergie”.

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