Les Français ne contestent pas le principe d’une gestion forestière : 96 % d’entre eux la jugent indispensable. Cette adhésion de principe ne signifie pas que les pratiques forestières soient toujours comprises, à commencer par les opérations de coupe, ou plutôt de récolte. Cette méconnaissance peut conduire certains riverains ou militants à contester la légitimité des prélèvements et à s’opposer aux chantiers forestiers.
De la méconnaissance à la violence
Des collectifs locaux et certaines associations organisent régulièrement des marches et des manifestations pour contester des projets de coupe. Des agents forestiers ont également été pris à partie ou insultés par des opposants qui leur reprochent des coupes jugées excessives. Ces tensions ont notamment été signalées dans une question d’un sénateur au gouvernement et dans une enquête interne de l’ONF rendue publique en mai 2022.
Plus récemment, selon une enquête du Point, relayée entre autres par Conflits, l’association Canopée aurait acheté plusieurs balises GPS, qui auraient été installées sur des engins forestiers afin d’en suivre les déplacements. Les objectifs précis de cette démarche restent inconnus, mais ces révélations continuent d’alimenter les inquiétudes des professionnels sur le terrain.
Plus largement, les tensions autour de certains chantiers ont parfois donné lieu à des faits plus graves : violences, menaces de mort avec identités révélées, dégradations de matériel, actes de sabotage ou incendies d’engins forestiers.
Les récoltes n’empêchent pas la croissance de la forêt française
Pour réduire les incompréhensions autour des opérations forestières et assurer la sécurité des professionnels, la filière forêt-bois cherche à mieux faire connaître ses pratiques, en s’appuyant notamment sur des données souvent peu connues du grand public. En France, la superficie forestière a fortement augmenté : elle est passée d’environ 9 millions d’hectares en 1900 à 15 millions en 2000, puis à 17,6 millions en 2025.
Les coupes sont un outil courant de gestion forestière. Encadrées par le code forestier, elles répondent à des obligations de renouvellement et de gestion durable, notamment pour adapter les forêts pour faire face au changement climatique : toute coupe doit ainsi être suivie d’une reconstitution du massif, par régénération naturelle ou par plantation. Selon l’Observatoire des forêts françaises, les volumes récoltés chaque année restent nettement inférieurs à l’accroissement des forêts : c’est pourquoi ces dernières continuent de s’étendre, contrairement à une idée reçue tenace. La quantité de bois progresse plus vite que la surface forestière : non seulement la forêt française gagne du terrain, mais elle se densifie.
Pourquoi récolte-t-on du bois aujourd’hui
Le premier objectif des récoltes de bois est de répondre à nos besoins quotidiens, qui sont aussi discrets que nombreux : construction, ameublement, aménagement… Sans oublier l’énergie : le bois est la première énergie verte en France, devant l’hydraulique, le solaire et l’éolien, par exemple. Renouvelable, le bois permet aussi de stocker le carbone capturé durant la croissance de l’arbre : ces atouts environnementaux en font un matériau privilégié dans les scénarios de transition écologique.
Certaines récoltes répondent aussi directement aux effets du changement climatique. Dans un cadre sanitaire, ces interventions limitent la propagation de maladies et d’insectes ravageurs favorisés par la hausse des températures. Dans le cas d’un renouvellement des peuplements, elles favorisent l’introduction d’essences mieux adaptées au climat de demain.
La filière forêt-bois cherche aussi à faire connaître un secteur qui concentre 420 000 emplois directs : ses métiers, ses règles, les cycles forestiers et les choix qui guident les interventions. Pour réduire les tensions sur le terrain, les organisations forestières multiplient les initiatives d’information auprès du public.
Des salles de classe aux chantiers
La sensibilisation commence dès le plus jeune âge. L’ONF propose aux enseignants des dossiers thématiques, des fiches pratiques, un dictionnaire de la forêt et un podcast destiné aux élèves du cycle 3 (CM1, CM2 et 6e). Des supports plus ludiques complètent ces ressources. Les kits pédagogiques scolaires gratuits développés par France Bois Forêt fonctionnent sur le même principe, tout comme le jeu des 7 familles développé par les Fibois ou encore le jeu de plateau « Forestiers, à vous de jouer ! » conçu par Communes forestières France. De son côté, l’association Teragir met à disposition des enseignants et des élèves de nombreux supports pédagogiques sur sa plateforme La forêt et nous. Grâce à son programme La forêt s’invite à l’école, elle fait également entrer la forêt dans les salles de classe… et les salles de classe dans la forêt !
La meilleure compréhension des travaux forestiers s’effectue également directement dans les forêts. Des rencontres sur site avec les forestiers ou des banderoles à proximité des chantiers apportent des explications aux promeneurs. Les panneaux dans les sous-bois, les visites guidées et les sorties nature animées poursuivent le même objectif : rendre plus lisibles les choix de gestion forestière.
La sensibilisation du grand public passe également par des outils numériques. Conçu par Fransylva et repris par d’autres acteurs de la filière, l’outil « 36 idées reçues sur la forêt » a récemment été décliné sous la forme d’un quiz en ligne de 20 questions.
L’ONF propose enfin plusieurs applications gratuites pour mieux comprendre et explorer les forêts françaises. À l’automne 2025, France Bois Forêt et le CODIFAB ont lancé la campagne nationale « Nos forêts envoient du bois ». Présente à la télévision, sur le site internet bois.com et sur les réseaux sociaux, elle entend montrer comment la gestion forestière, les usages du bois et les métiers de la filière s’inscrivent dans les enjeux de la transition écologique.






