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“La production de bioéthanol est tout à fait compatible avec l’agroalimentaire”

daniel_collard.jpgDaniel Collard, président du groupe coopératif Cristal Union, l’un des plus grands producteurs français de biotéthanol.

Votre groupe est un acteur majeur de la coopération sucrière en France, pourquoi vous êtes-vous lancé dans le bioéthanol ?

Lorsque nous nous sommes lancés dans la production de bioéthanol en 1993, c’était au début des problèmes de réchauffement climatique. Nous étions historiquement des producteurs d’alcool. Or, en 1992, Bruxelles a réformé la politique agricole commune en introduisant la notion de jachères, et sur les jachères nous étions autorisés à faire des productions énergétiques. L’éthanol en faisait partie, ce qui explique que nous avons commencé très tôt sa production.

Depuis, nous devons faire un peu plus d’un tiers des volumes français de bioéthanol. D’autres acteurs devant arriver prochainement sur le marché, et notre part devrait diminuer dans les années qui viennent, mais sur 2007 nous représentons un tiers du marché français.

Un premier bilan ?

Nos produits sont vendus essentiellement en France, pour répondre à la fois au marché de l’ETBE (éthyl tertio butyl éther) et du mélange direct avec deux types de clientèle. Nous vendons aux pétroliers pour fabriquer de l’ETBE et accessoirement pour faire du mélange direct en distribution, stations-service. Nous vendons également aux distributeurs de carburants en grandes surfaces, qui représentent 56 à 57 % du marché français des essences.

Le Parlement européen a fixé des objectifs d’incorporation, renforcés au niveau français sous le gouvernement Raffarin. Ces objectifs d’incorporation ambitieux sont compatibles avec les possibilités industrielles des intervenants.

Afin d’y répondre, nous avons une production qui progresse assez rapidement. Plus rapidement que ce que l’opinion publique ne mesure, puisque les volumes sont passés de 2,8 millions d’hectolitres d’utilisation en 2006 à plus de 5 millions d’hectolitres en 2007. Nous nous dirigeons vers l’utilisation de 8 à 9 millions d’hectolitres en 2008.

En matière de biocarburants, la France est-elle en retard ?

La France n’est pas en retard sur ses objectifs. Tout ce qui était prévu est correctement respecté. Il suffit de regarder les chiffres, les objectifs d’incorporation et les volumes qui ont été réalisés. Nous sommes dans une dynamique tout à fait cohérente.

Votre bioéthanol est-il différent des biocarburants produits à partir du blé ou du maïs ?

Le produit, quelque soit la matière première qui a servit à l’élaborer, est strictement le même. Aujourd’hui, l’essentiel des biocarburants au niveau national est réalisé à partir de production de betteraves. Nous commençons à avoir en 2007 un début de production d’éthanol à partir de céréales. Ceci est relativement symbolique et ne représente même pas 1 % de la ressource céréalière. S’agissant du maïs, la production n’a pas encore démarré.

Quelle proportion de la surface agricole est-elle dédiée à la production de bioéthanol ?

Aujourd’hui, les surfaces agricoles mobilisées pour produire des biocarburants sont extrêmement faibles. En matière de betteraves, nous produisons sur quelques dizaines de milliers d’hectares. En matière de céréales, nous mobilisons moins de 1 % de la ressource agricole. Même si nous nous développons dans les années qui viennent pour atteindre les objectifs qui ont été fixés par le gouvernement Raffarin, nous ne dépasserons pas 3 à 5 % de la surface agricole disponible.

Il n’y aura donc aucune incidence sur l’alimentaire. Il s’agit de quelque chose de tout à fait compatible en termes d’équilibre et de volume. Ce n’est peut être pas ce qui est régulièrement entendu, mais pourtant c’est la réalité.

Les biocarburants sont-ils vraiment écologiques ?

Le bilan écologique des biocarburants doit être mesuré de deux façons : il peut être mesuré au travers du bilan énergétique de la production ou à partir de l’économie de gaz à effet de serre. Il faut rappeler que la production d’éthanol a commencé dans les années 92 avec des outils qui étaient avant tout des distilleries d’alcool de taille moyenne et qui ont été pour la plupart modernisées au début des années 2000.

En ce qui concerne notre groupe, Cristal Union possédait 5 distilleries qui tournaient dans les années 1990-2000 et toutes ont été ferraillées pour reconstruire deux nouvelles unités performantes de manière à obtenir un très bon bilan énergétique.

Aujourd’hui, quand nous comparons nos résultats avec ceux des produits pétroliers, nous sommes en gros 3 fois plus performants. Pour le pétrole, du puits à la roue, pour une unité énergétique mobilisée, il en reste 0,86 unité énergétique, alors que pour le bioéthanol, en prenant en compte toute la production agricole dans le cycle de vie, pour une unité énergétique mobilisée, nous obtenons aujourd’hui 3 unités énergétiques.

Etant donné que nous sommes une industrie nouvelle, nous avons encore une marge de progression. Entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, la consommation d’énergie de cette industrie a été divisée par 3. Notre marge de progrès peut s’inscrire dans un rapport de 1 à 5.

Pour les pétroliers, cela va être l’inverse dans les années qui viennent puisqu’ils vont devoir exploiter des gisements qui vont être de plus en plus difficiles à atteindre et de plus en plus difficiles à travailler. Si nous raisonnons en terme de schistes bitumineux, le bilan énergétique pour produire de l’essence va se dégrader dans les années qui viennent alors le bilan de notre industrie va s’améliorer à partir du moment où nous allons nous affranchir de l’énergie fossile. Avec des distilleries alimentées à partir de biomasse, nous obtiendrons un rendement de 1 à 5.

Et les émissions de CO2 ?

Nous avons des effets pratiquement identiques sur les économies de gaz à effet de serre. Quand des cabinets spécialisés agréés par Ademe viennent dans nos unités mesurer la performance de nos outils industriels au plan énergétique et au plan des gaz à effet de serre, il ressort que nous économisons en gros 60 % de gaz à effet de serre, étant entendu que nous sommes parmi les plus performants de France. Pour rappel, l’Europe s’est fixé comme objectif une réduction minimale de 35% de réduction de gaz à effet de serre.

Ces chiffres sont extrêmement porteurs et satisfaisants. Le 27 mars dernier, lors d’une réunion du Comop (le comité qui regarde les performances des biocarburants au niveau du Meeddat), les productions d’éthanol ont été reconnues comme techniquement intéressantes pour lutter contre le réchauffement climatique et les gaz à effet de serre.

Pourquoi il y a encore si peu de pompes « vertes » dans l’hexagone ?

Fin 2006, les objectifs étaient fixés à 400 pompes : 200 qui devaient être mises en place par les pétroliers, et 200 par les distributeurs de grandes surfaces. Quand nous regardons la situation aujourd’hui, il y a environ 210 pompes installées et chaque mois de nouvelles pompes sont installées. Les distributeurs de produits pétroliers et les grandes surfaces ont globalement respecté leurs objectifs à 90 ou 95%. En revanche, les pétroliers en sont loin. Pour l’heure, seuls 25 % de leurs engagements ont été respectés.

Le fait d’avoir 200 pompes installées en une année est une performance tout à fait exceptionnelle, puisque peu de pays sont parvenus à monter aussi rapidement en puissance. Dans certains départements, 4 ou 5 pompes qui distribuent du super-éthanol ont été installées.

Il faut cependant savoir que même les pompes qui ne sont pas considérées comme des pompes vertes intègrent déjà 5 % d’éthanol dans le volume distribué sans que ne soit précisé « pompe verte ».

Les véritables « pompes vertes » distribuent du super-éthanol pour les voitures flex. Cela monte en puissance très doucement. Cela est principalement dû au fait qu’il faut à la fois des voitures, des stations et des endroits où faire le mélange sous douane. Durant tout le début de l’année 2007, nous avions à certains endroits des stations, à d’autres endroits des voitures mais nous n’avions que quelques points de mélange et certains camions étaient parfois obligés de parcourir de grandes distances pour aller se faire mélanger et revenir dans leur région d’origine.

Aujourd’hui, tout cela est réglé puisque les dépôts régionaux sont équipés pour faire des mélanges. Nous avons une logistique qui s’est considérablement améliorée pour avoir une distribution qui soit intelligente : une production sur place, un mélange régional, et une distribution dans les stations sur place également. Tout cela va dans le bon sens.

Qu’attendez-vous du Grenelle en la matière ?

La première étape pour la révision de la loi par rapport au Grenelle de l’environnement était de refaire l’état des lieux sur le plan technique des conditions de production d’éthanol en terme de bilan énergétique et de gaz à effet de serre. Tout cela vient d’être validé. C’est un point extrêmement positif.

Par ailleurs, nous pouvons avoir l’éco-pastille qui a été un peu maltraitée en fin d’année et qui devrait être revue, le gaz carbonique rejeté étant capturé par les cultures lors de la production des biocarburants.

Aujourd’hui, que ce soit au ministère des Finances, au ministère de l’Agriculture ou au MEEDDAT, tout le monde a conscience qu’il y a eu une erreur de faite en fin d’année. Cette affaire d’éco-pastille sur les véhicules flex devrait être corrigée au printemps. A partir de là, il nous restera à suivre non pas le débat franco-français mais le débat européen qui devrait permettre de fixer des objectifs d’incorporation non plus de 5 % mais de 10 % de mélange dans les essences. C’est là que nous avons le meilleur bilan environnemental quand nous substituons de l’éthanol à de l’essence.

Il nous faut suivre dans un premier temps ce que Bruxelles va faire au niveau des modifications des normes de la qualité des essences et de l’autorisation des mélanges de 10 %. Puis, coté français, il restera à voir si le plan Raffarin qui est un peu plus ambitieux que les normes européennes continue à être validé.

Compte tenu de la qualité et des caractéristiques extrêmement positives du bioéthanol, nous sommes assez confiants pour penser que les parlementaires prendront leurs responsabilités dans l’intérêt de la planète, de la qualité de l’air et de la qualité de l’environnement.

> Pour en savoir + : www.cristal-union.fr

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