CIGEO : un débat public pour rien

Cigeo (Andra)Le débat public sur CIGEO, projet destiné à enfouir en grande profondeur les déchets nucléaires les plus dangereux s’ouvre aujourd’hui. Impliquée dans le débat national sur la transition énergétique, FNE n’y participera pas, d’autant que les débats publics sur le nucléaire sont toujours des débats tronqués.

La raison fondamentale, ou plutôt la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, est le refus de retarder de quelques mois ce débat. Pour un projet qui va s’étendre sur plus d’un siècle, refuser de le repousser de six mois alors que plus de quarante associations locales régionales et nationales le demandaient avec force prouve à l’évidence que la qualité du débat n’est pas le souci premier quand il s’agit du nucléaire. Dommage pour la CNDP qui n’en sortira pas grandie…

France Nature Environnement apprécie le travail de la CNDP et des diverses CPDP. L’intérêt des débats publics est d’abord leur durée et leur continuité (quatre mois) qui permet de faire grandir progressivement l’intérêt du public. De plus, il se situe suffisamment en amont du projet pour que l’opportunité même du projet soit abordé. Consciente de leurs responsabilités, la CNDP et les CPDP améliorent régulièrement la concertation avec les citoyens. Et pourtant…

Débats publics et nucléaire : un mariage raté

Les débats concernant l’énergie nucléaire ont un point commun : les décisions sont prises à l’avance et il n’est pas question de discuter de l’opportunité du projet. Ainsi, dans le débat public de Penly, le président de la République rappelait quelques jours avant l’ouverture du débat que la décision était prise. Et pour ce débat, l’enfouissement est décidé depuis 2006. Ce sont des débats tronqués.

Rappelons pour ceux qui l’auraient oublié que la loi avait prévu trois laboratoires afin de retenir le meilleur site. Les trois laboratoires sont devenus un seul et unique site qui est donc parfait « par définition » puisqu’il n’y en a pas d’autres.

Maryse Arditi, responsable du dossier Energie : « Et que va-t-on y mettre dans ce trou ? Les déchets hautement radioactifs bien sûr, mais aussi tous les déchets nucléaires dont on ne sait que faire. La liste n’est pas arrêtée, ni en quantité, ni en qualité. Normal puisque le creusement va continuer pendant l’enfouissement. Je creuse, j’enfouis, je creuse, j’enfouis… »

Réversibilité ?… Le débat public ne va pas l’éclairer

Enfin, le débat public de 2005 sur la gestion ultime des déchets nucléaires avait plutôt conclu vers un entreposage réversible de longue durée. Mais les tenants de l’enfouissement voulaient « leur trou ». Alors ils ont fini par convaincre les parlementaires de voter ce projet d’enfouissement en le qualifiant de « réversible », ce qui laisse un peu rêveur au regard de ce qui se passe dans la mine de sel de Asse en Allemagne (déchets nucléaires enfouis en 1967 et qui baignent dans l’eau) ou à Stocamine en France (incendie à 500 m sous terre dans des déchets chimiques hyper toxiques). Du coup, il serait très utile de préciser le caractère de cette réversibilité !

Pas de chance ! Ce sera pour plus tard ! Les parlementaires se pencheront sur ce problème pour dire comment ils voient les choses dans deux ans. En attendant, le débat public esquivera une des questions essentielles de ce trou? Vous avez dit « réversible » ?

FNE est décidée à ne pas perdre un temps précieux dans un pseudo débat public et invite l’ensemble des participants à boycotter un débat tronqué par avance.

Le contenu et les informations publiés dans les tribunes relèvent de la pleine et entière responsabilité de leurs auteurs. Enviro2B ne saurait en aucun cas être tenu pour responsable des informations diffusées.

  • facebook
  • googleplus
  • twitter

France Nature Environnement est une association créée en 1968, reconnue d’intérêt public depuis 1976, indépendante de tout pouvoir politique, économique ou religieux. FNE regroupe est une fédération d’associations nationales et territoriales présentes dans toutes les régions françaises, revendiquant 3 000 associations et 850 000 adhérents, 120 bénévoles impliqués au niveau national, 45 salariés, et des militants présents dans plus de 200 instances nationales de concertation.

  • Gargantua

    Si j’ai bien compris, le débat public qui s’ouvre est destiné informer le public afin qu’il se forge une opinion éclairée sur ce projet.

    Je pense que la première chose à savoir, c’est que dans le projet proposé actuellement, le premier lot de déchet radioactif est prévu pour être stocké en profondeur en 2070, soit dans 57 ans.

    Cela nous laisse donc 57 ans pour changer d’avis ou trouver une meilleure solution.

  • Lilou

    C’est exact et ça fait 25 ans que la question est étudiée

  • rap

    C’est vrai qu’enfouir des déchets radioactifs profondément dans le sol peut être dangereux. Il faut véritablement étudier la question de plus près.

  • Lilou

    @Berthy
    1- A ce stade, non il n’existe pas d’autre solution que le stockage géologique profond pour la gestion définitive des déchets à vie longue. Les déchets sont actuellement en attente, en toute sécurité dans des installations de surface. Mais vous conviendrez, je l’espère, que ce n’est pas le même combat d’assurer la sureté des déchets sur 50 ans et sur 1 million d’année. On ne construit pas le même bateau pour traverser un étang que pour traverser l’atlantique…
    L’entreposage prolongé à été étudié pendant 15 ans et la faisabilité n’a pas été démontrer. La transmutation est étudiée depuis 15 ans et l’état des recherches ne permet pas d’envisager une application industrielle à court ou moyen terme. C’est un fait. En revanche, oui la faisabilité du stockage a été démontrée.

    2- Faux. Il n’y aura pas de stockage à l’aplomb de la commune de Bure pour la simple raison que Bure ne figure pas dans la ZIRA, destinée à recevoir un futur stockage. A Bure, c’est un laboratoire souterrain, instrument scientifique qui permet de faire des expériences in situ sur la roche pour la caractériser et comprendre sont comportement face à différentes sollicitations et tester les procédés technologiques de creusement, scellement, soutènement etc….

    3-Que souhaitez vous comme chiffre ? Par ailleurs, il existe un site dédié au débat public, vous pouvez poser toutes les questions que vous voulez, vous aurez une réponse.

    4- Aller sur CIGEO.Com, vous trouverez une documentation plus fournie. Les aspects sureté sont traites dans le Dossier 2009 que vous trouverez sur le site CIGEO.com.

    cordialement

  • Berthy

    @lilou : Donc, si j’ai bien compris
    1- il n’y a pas d’autre solution que l’enfouissement profond (même bien profond). On se demande dans quelles conditions d’insécurité sont gérés les déchets depuis 50 ans…
    2- il n’y a pas d’autre endroit que Bure mais, c’est juré, c’est le meilleur site.
    3- le document mis en ligne sur le site du débat public ne comprend aucun chiffrage actualisé
    4- les impacts sur l’environnement et les risques d’accidents apparaissent quelque part dans un rapport daté de 2005, il est donc inutile d’encombrer le serveur du débat public avec ces broutilles. Une petite plaquette publicitaire de 104 pages avec de zolies photos et des graphiques colorés suffiront.

    De quoi voulez-vous débattre en fait ? De la couleur des installations de surface ?

  • Ca m’a l’ air un peu léger comme projet, comment cela pourrait- il alimenter un débat?

  • C’est clair qu’il vaudrait mieux pour tout le monde un débat public

  • lilou

    Il y a des éléments inexacts dans cette article.
    Le stockage n’a pas été identifié comme la solution de référence parce que « les tenants de l’enfouissement voulaient leur trou » mais parce que
    (i) la faisabilité du stockage a été démontrée
    (ii) les évaluateurs ont conclu à la non faisabilité de principe de l’entreposage prolongé en surface ou faible profondeur.

    Les analogies avec Asse et stocamine sont spécieuses, ce sont des mines qui n’ont pas été concues à l’origine pour stocker des déchets nucléaires (ce qui n’est pas le cas de CIGEO).

    @Berthy : L’étude d’impact est présentée dans le Dossier 2005. La prochaine sera faite en support à la DAC à l’horizon 2015 sur la base des architectures qui seront établies à cette date (et qui intègreront ce qui ressort du débat public si les gens daignent s’exprimer)…. La durée d’exploitation couvre la phase de construction (progressive) des ouvrages, la mise en place des déchets dans les alvéoles, puis la fermeture progressive des ouvrages (remblai et scellement). Le tout durera un centaine d’années environ (de l’ordre de 130 ans).

  • Berthy

    Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil aux rares documents mis en ligne sur le site du « débat public » pour comprendre qu’il s’agit d’une mascarade.
    Aucune étude d’impact. Pas plus d’étude de risque. Pas de chiffrage financier actualisé. Ils ne définissent même pas ce qu’est la « durée d’exploitation ».
    On a du mal à comprendre de quoi ils veulent débattre.