Face aux épisodes de sécheresse et aux difficultés rencontrées par les agriculteurs, la France entend renforcer les moyens consacrés à l’irrigation. La loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, entrée en vigueur en août 2026, fait de l’accès à l’eau l’un des principaux leviers de la souveraineté alimentaire.
L’objectif est de permettre aux exploitants de maintenir leur production malgré des conditions météorologiques de plus en plus contraignantes. Les périodes de fortes chaleurs, la diminution des précipitations estivales et les tensions sur les ressources hydriques compliquent en effet la gestion des cultures et de l’élevage.
Pour répondre à ces difficultés, les pouvoirs publics privilégient notamment le développement des infrastructures de stockage. Une orientation qui relance le débat sur la répartition de l’eau entre les besoins agricoles, la consommation humaine et la préservation des milieux naturels.
Doubler les capacités de stockage agricole d’ici 2035
La loi fixe un objectif de doublement des volumes de stockage d’eau destinés à l’agriculture à l’horizon 2035. Elle prévoit également de favoriser la réutilisation des eaux usées traitées, avec une multiplication des volumes par dix d’ici 2030, puis par trente en 2040.
Pour accélérer le développement de ces infrastructures, plusieurs dispositions visent à simplifier les démarches administratives. Certaines retenues d’eau agricoles pourront notamment bénéficier de règles techniques assouplies, tandis que les procédures de concertation seront adaptées pour faciliter la réalisation des projets.
Le texte renforce également le rôle des projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE). Ces démarches locales permettent de réunir les différents utilisateurs de la ressource afin de définir des solutions adaptées aux particularités de chaque bassin.
Les schémas d’aménagement et de gestion de l’eau devront désormais davantage intégrer les enjeux du stockage et les conséquences économiques des restrictions sur les activités agricoles.
Ces nouvelles orientations ne signifient toutefois pas que les agriculteurs disposent d’un droit automatique à prélever de l’eau. Les projets restent soumis au respect des règles environnementales et des équilibres nécessaires au fonctionnement des milieux aquatiques.
Une stratégie qui soulève des questions environnementales
Le développement des réserves d’eau ne fait pas l’unanimité. Si les défenseurs de ces infrastructures estiment qu’elles permettent de sécuriser les récoltes et de mieux gérer les disponibilités saisonnières, leurs opposants s’inquiètent des conséquences des prélèvements sur les nappes phréatiques et les cours d’eau.
Dans une analyse publiée le 12 octobre par The Conversation, Benoît Grimonprez, professeur de droit rural et de l’environnement à l’université de Poitiers, souligne que la nouvelle législation modifie les équilibres de la gouvernance de l’eau en donnant davantage de poids aux besoins agricoles.
Selon cette analyse, le risque serait de privilégier l’augmentation des ressources disponibles pour l’irrigation sans suffisamment encourager une évolution des pratiques agricoles face au changement climatique.
La question se pose notamment pour les cultures fortement consommatrices d’eau, dont les besoins peuvent devenir difficiles à satisfaire pendant les périodes de sécheresse. Le choix des productions, les techniques d’irrigation et l’amélioration de la capacité des sols à retenir l’humidité constituent également des pistes d’adaptation.
Par ailleurs, la construction de nouveaux ouvrages ne garantit pas à elle seule une disponibilité suffisante de la ressource. Leur efficacité dépend des conditions de remplissage, des quantités effectivement prélevables et de leurs conséquences sur les écosystèmes.
Trouver un équilibre entre production agricole et préservation de l’eau
Au-delà des infrastructures, la nouvelle loi fait évoluer les modalités de décision concernant la gestion de l’eau. Les études destinées à déterminer les volumes disponibles devront notamment mieux prendre en compte les besoins actuels et futurs de l’irrigation, ainsi que les possibilités de stockage.
Ces évolutions pourraient modifier les arbitrages réalisés localement entre les différents usages. Elles interviennent alors que les tensions sur l’eau concernent également les collectivités, les entreprises et les milieux naturels.
Pour le gouvernement, ces mesures doivent contribuer à protéger la production agricole française et à renforcer sa capacité d’adaptation aux aléas climatiques. Mais leur efficacité dépendra aussi de la manière dont les projets seront conçus et des garanties apportées à la préservation de la ressource.
La question de l’eau devrait ainsi rester centrale dans les politiques agricoles des prochaines années. Entre développement du stockage, évolution des pratiques et protection des écosystèmes, le défi consiste à maintenir une activité agricole productive sans accentuer les tensions sur une ressource déjà fragilisée.





