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Réduction des émissions de CO2 : la France en avance sur l’Allemagne ?

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Le couple franco-allemand traverse une période compliquée. Les propositions françaises sont écartées par Berlin et le fameux moteur franco-allemand peine à retrouver sa place en Europe. Curieusement, l’écologie est aussi un autre terrain sur lequel les choix divergent. L’objectif de réduire les émissions de CO2 est le même, mais les méthodes employées diffèrent grandement. Les questions se posent de part et d’autre du Rhin, mais les inquiétudes semblent bien plus justifiées du côté allemand.

L’Union européenne a franchi une nouvelle étape dans la transition énergétique avec le vote par le Parlement européen, le 17 avril 2018, du programme qui entérine la répartition de la réduction des émissions de CO2 pays par pays. Un vote presque naturel tant l’Union européenne a beaucoup travaillé à la prise de conscience écologique et à l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat en 2015. Pourtant les choses ne sont pas aussi simples que les 343 voix pour à opposer aux 172 voix contre ne le laissent supposer.

Miguel Arias Canete, Commissaire européen à l’Action pour le Climat peut se réjouir de l’adoption d’“un instrument crucial pour accélérer la transition vers le + bas carbone + dans un certain nombre de secteurs clés”. Des secteurs qui pour certains d’entre eux se trouvent encore en dehors du système de quotas d’émissions européen. Les transports, la production d’énergie, la construction, la gestion des déchets et l’agriculture devront ainsi réduire leurs émissions de CO2 pour se plier à l’objectif global d’une diminution de 30 % des émissions de gaz à effet de serre entre 2021 et 2030 (par rapport au niveau de 2005).

Le consensus européen ne se forme pas si aisément d’autant plus qu’une grande diversité énergétique règne en Europe. Certains Etats membres disposent de centrales nucléaires, d’autres essaient de se défaire de leur dépendance au charbon, mais dans l’ensemble c’est bien un recours trop grand aux énergies fossiles qui fait peser une menace sur l’Union. Le Commissaire européen rappelle que 72 % de l’énergie produite en 2016 au sein de l’UE provient de gaz, pétrole et charbon, lesquels sont pour la plupart importés de Russie. Sans même mentionner les tensions avec ce pays, une si forte dépendance vis-à-vis de l’étranger est néfaste. L’indépendance énergétique est au cœur de la réflexion de nombreux pays à commencer par l’Allemagne et la France qui suivent toutefois des trajectoires bien différentes.

L’Allemagne : du nucléaire au charbon

2011 marque une date importante dans l’histoire énergétique allemande. La catastrophe japonaise de Fukushima précipite la décision d’Angela Merkel de fermer rapidement les seize réacteurs nucléaires que compte le pays. Huit réacteurs sont mis à l’arrêt cette année-là tandis que le dernier devrait s’arrêter définitivement en 2022. Les énergies renouvelables étaient alors présentées comme le relai naturel et vert sur lequel la première économie du continent pourrait se reposer. Des efforts exceptionnels ont été entrepris en ce sens et avec succès puisque la part des énergies vertes est passée de 6 % en 2000 à 32 % en 2016.

Ce bond des énergies renouvelables reste malgré tout insuffisant car avec 13 % de nucléaire en complément, c’est la moitié de l’électricité produite en Allemagne qui dépend d’énergies polluantes, voire même très polluantes. Les centrales nucléaires sont mises à l’arrêt et des centrales à charbon doivent ouvrir et fonctionner à plein régime pour compenser la différence. Ces dernières contribuent à hauteur de 40 % du mix énergétique. Cette solution a de fâcheuses conséquences sur les émissions de CO2 qui ont progressé entre 2011 et 2013 avant de retomber en 2015 (908 millions de tonnes) à un niveau proche de celui de 2011 (922 millions de tonnes). L’Allemagne fait du surplace dans la lutte contre le réchauffement climatique et l’objectif de 749 millions de tonnes d’émissions de CO2 en 2020 est d’ores et déjà impossible à atteindre selon les experts.

La France : trajectoire moins spectaculaire mais plus rassurante

L’Allemagne n’est donc pas d’une grande aide pour décarboner l’air européen et perd de fait le leadership en la matière au profit de son voisin français. Comme outre-Rhin, les efforts de la France en faveur des énergies renouvelables sont intenses et particulièrement soutenus au cours des cinq dernières années, mais il existe encore un monde entre les deux pays puisque les énergies vertes ne représentent qu’environ 10 % du mix énergétique français. Pourtant l’objectif de 32 % d’énergies vertes en 2030 reste accessible avec une étape plus difficile à atteindre de 23 % en 2020.

Ces chiffres pourraient cacher une réalité encore plus sombre en France, mais le pays a misé sur l’indépendance énergétique depuis un demi-siècle et donc sur le nucléaire. En 2016, 71,6 % de l’électricité produite est d’origine nucléaire et le taux d’énergie décarbonée est de 97 % grâce à un réseau d’hydroélectricité bien développé (10 %) auquel s’ajoute donc la pierre grandissante des énergies renouvelables. Le charbon ne représente plus que 1,8 % de la production d’énergie et est en constante diminution. Les conséquences de ce mix énergétique à la française sont heureuses puisque les émissions de CO2 suivent une tendance baissière (seulement 316 millions de tonnes en 2016) et que les consommateurs français payent leur électricité environ 70 % moins chère que leurs homologues allemands.

L’exemplarité française – qui ne se veut toutefois pas comme un modèle unique à transposer dans tous les pays – est rendue possible par l’intérêt des grands énergéticiens à contribuer à la transition énergétique. EDF, Orano et Engie se sont tous développés grâce au nucléaire, mais ont aussi tous amorcé leur mue au début des années 2000 avec le double objectif de produire moins de gaz à effet de serre et d’augmenter leurs capacités dans les énergies renouvelables. Orano émet aujourd’hui presque 50 % de CO2 en moins qu’en 2004, soit son objectif annoncé il y a plus de dix ans. Engie et EDF ont quant à eux largement contribué au développement des énergies renouvelables. Ce sont des énergies d’avenir comme l’illustrent le Plan solaire et le Plan stockage d’énergie annoncés récemment par EDF. Le nucléaire est appelé à perdre du terrain au profit des énergies vertes et non du charbon. Une différence avec l’Allemagne que peut revendiquer Paris sur la scène européenne.

 

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