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Météo : “nous avons des prévisions un peu contradictoires” pour cet été

François Gourand - Météo FranceFrançois Gourand, ingénieur météorologique chez Météo France. Le prévisionniste explique les raisons de ce printemps froid, pluvieux, et peu ensoleillé, et se risque à prévoir la météo des prochaines semaines, voire même de l’été.

Comment expliquez-vous ce printemps pourri ?

C’est vrai que ce printemps est particulièrement frais, le plus froid même en France depuis 1987. C’est également un printemps très peu ensoleillé, particulièrement dans le nord-est de l’hexagone. Il est aussi bien arrosé, notamment dans le sud du pays.

Ce printemps difficile est le résultat d’une situation météo bloquée et récurrente où les masses d’air fraiches et humides se sont engouffrées régulièrement sur le pays tout au long du printemps.

A-t-on déjà connu des températures aussi basses à cette période de l’année et pendant aussi longtemps ?

Il y a des records qui ont été battus localement il y a quelques jours pour une dernière décade de mai avec des températures en journée parfois inférieures à 10°C.

Quelles sont les régions les plus touchées par cette météo hivernale ?

Les régions situées au nord-est du pays ont subi la fraicheur, les pluies et le manque d’ensoleillement de manière marquée.

Et les régions les moins défavorisées ?

En matière d’ensoleillement, ce qui compte le plus dans le ressenti global, c’est l’ouest du pays qui a été le plus privilégié avec des valeurs à peine en dessous des normales saisonnières voire au niveau des normales. Malgré une certaine fraicheur, et des pluies présentes mais sans excès, le printemps à l’Ouest n’a pas été si désagréable que cela.

Ce printemps hivernal est-il spécifique à la France ou concerne-t-il également nos voisins européens ?

Pas tout à fait. Cette météo difficile affecte également l’Angleterre, le Benelux, une partie de l’Allemagne et donc globalement l’Europe de l’Ouest.

On évoque depuis une dizaine d’années le réchauffement climatique, mais bizarrement la France semble épargnée par ce phénomène, est-ce une impression ou une réalité ?

De manière ponctuelle, en 2013, il est indéniable que les températures sont plutôt basses en France. Mais en matière de météo, il y a beaucoup de variabilité d’une année sur l’autre. Il faut se rappeler qu’on a enregistré une canicule en 2003.

Mais justement depuis 2003, on a l’impression que la météo n’a pas été particulièrement chaude ?

On reste clairement dans un climat beaucoup plus chaud qu’auparavant. Mais il est vrai que ce réchauffement ne s’est pas traduit par des manifestations spectaculaires depuis une dizaine d’années.

Quand vous évoquez un climat plus chaud, c’est surtout que les hivers sont moins froids, sans forcément que les étés soient plus chauds…

Tout à fait. On a par exemple enregistré beaucoup de saisons intermédiaires très douces, printemps comme automne ce qui influe sur la moyenne annuelle.

Plus concrètement, quelles sont vos prévisions pour le mois de juin ?

Ce que nous voyons arriver dans un premier temps, dans les prochains jours, c’est plutôt une tendance à l’amélioration qui se dessine pour le début du mois de juin. Le temps devrait devenir plus sec, avec probablement plus de soleil, même si cela ne se fera pas de manière radicale, avec des températures qui devraient remonter, doucement mais surement vers des normales saisonnières.

Après, nous avons des prévisions un peu contradictoires, même s’il est peu probable qu’on revienne vers une situation aussi fraiche que celle que nous avons connu depuis de nombreuses semaines, mais on ne peut l’affirmer avec certitude. On devrait cependant arriver à des schémas plus classiques au mois de juin.

On arrive à peu près à prévoir le temps à une dizaine de jours, voir une quinzaine de jours grand maximum. Après, cela devient vraiment très aléatoire. Les prévisions à 2, 3 ou 4 semaines qu’on trouve ici ou là et notamment sur internet, sont en général peu fiables car elles se contentent le plus souvent de prolonger les tendances actuelles, sans réussir à anticiper les changements ou les ruptures météorologiques.

Pour finir, sans forcément parler de prévisions précises, est-on condamné à un été pourri après ce printemps glacial ?

J’ai envie de vous dire, c’est 50 / 50 dans la mesure ou aucun scénario ne se dégage clairement. Nos différents modèles prévoient un scénario neutre, un scénario plus frais, et enfin un scénario proche de la normale, sans pouvoir trancher entre ces 3 possibilités.

Lorsqu’on évoque la météo de l’été, on parle d’une période de 3 mois qui peut enregistrer des variations importantes. Un été globalement normal peut avoir connu plusieurs semaines de chaleur, mais aussi une ou plusieurs périodes plus fraiches.

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