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“Il me semble assez anormal qu’il soit plus compliqué de construire en France un parc éolien qu’une usine nucléaire dans le Cotentin!”

jean_michel_germa.JPGJean-Michel Germa, PDG de la Compagnie du Vent, société pionnière de l’énergie éolienne en France. La société a installé sa première éolienne en France en 1991.

Quelle est l’actualité de votre société?

L’actualité aujourd’hui pour la Compagnie du Vent, c’est l’investissement de plus d’un milliard d’euros à l’horizon 2010 – 2015 avec la restructuration du capital associée à ce besoin de financement.

L’entreprise souhaite en effet poursuivre son business plan qui consiste à construire pour 1,8 milliard d’euros de parcs éoliens principalement en France, au Maroc et dans une moindre mesure à l’international, et d’investir dans des diversifications que sont le biocarburant et le photovoltaïque.

L’investissement dans l’éolien qui représente 85 % des besoins de financement, sera consacré à la construction de parcs éoliens dont une grande partie est dans notre portefeuille depuis très longtemps mais dont nous avons retardé la construction notamment en raison des lois françaises qui ne s’y prêtaient pas.

Pourquoi ne pas l’avoir fait avant ?

Parce qu’aujourd’hui les lois françaises sont beaucoup plus ouvertes, et la décision du Conseil de l’Europe du 9 mars dernier, contraignant les pays à un objectif de 20% d’énergies renouvelables d’ici 2020 va bouleverser la donne.

Le Grenelle de l’Environnement devrait par ailleurs permettre la mise en ?uvre de la politique française qui traduira ces nouveaux besoins.

Or, parmi le spectre des énergies renouvelables, l’éolien, le photovoltaïque, l’hydraulique et la biomasse, l’énergie éolienne est la seule qui permette aujourd’hui de répondre à ce nouveau besoin et jusqu’à l’horizon 2010-2015 elle sera la seule capable de répondre à ces besoins de manière compétitive, industrielle et massive. Les experts européens prévoient qu’en conséquence ce sont 23% de la consommation électrique européenne qui seront issus de l’énergie éolienne dès 2040-2050.

Le photovoltaïque prendra le relais de façon évidente après 2015, dès que les coûts de production auront baissé. L’hydraulique ne peut pas répondre de manière industrielle et massive à la demande car la ressource est déjà très exploitée. Quant à la biomasse, son développement est plus problématique car elle est en concurrence avec d’autres usages comme l’agroalimentaire.

Quel est alors concrètement votre objectif ?

Maintenant que le contexte a évolué favorablement pour le secteur éolien, nous avons décidé d’ouvrir toutes les vannes de la construction. Nous allons tirer de notre « pipeline », c’est à dire notre portefeuille de projets comptant actuellement 6.500 MW de projets éoliens en France, environ 1500 MW soit à peine 1 projet sur 4 qui sera construit d’ici 2015 et pour lesquels nous allons chercher un financement. Pour la plupart de ces projets, nous avons d’ores et déjà les droits fonciers et les droits de raccordement au réseau.

C’est pourquoi notre actualité est avant tout de structurer notre capital et de trouver les bons partenaires pour mener à bien nos projets. A plus long terme, la croissance sera relayée par la diversification de notre activité éolienne à international. C’est l’une des raisons pour laquelle nous nous sommes dotés d’une direction internationale chargée de trouver les endroits où faire de l’éolien dans le monde.

Vous envisagez également une diversification de votre activité…

Tout à fait, un de nos axes de diversification est la construction d’une usine de biocarburant sur le port de Fos-sur-mer, pour laquelle nous avons été attributaire d’un quota d’exonérations fiscale de la part du ministère des Finances. Nous allons donc réaliser une usine capable de produire 200.000 tonnes de biodiesel.

Nous en sommes actuellement aux choix techniques de la construction. Nous étudions également d’une part les sources d’approvisionnement en graines et en huile et d’autre part les différentes façons d’écouler notre produit. La mise en service est prévue pour le premier trimestre 2009.

Comment un acteur de l’éolien décide-t-il de produire du biocarburant ?

Le secteur des transports est celui où on a le plus besoin de revoir l’approche de la politique énergétique. Il y a une très forte demande et il y a peu de technologies de substitution au carburant pétrolier. En matière de biocarburant, le biodiesel représente la meilleure option énergétique et environnementale. Nous avons donc une approche de marché mais aussi une continuité idéologique et éthique de protection de l’environnement.

Un second axe ?

Notre second axe de diversification se situe du côté du photovoltaïque. Pour nous la continuité est évidente. C’est quasiment le même métier que l’éolien mais il s’agit dans ce cas d’une niche tarifaire et très politique : le tarif de 55 centimes n’a aucune chance d’être compétitif avec les prix du « pool d’électricité ».

Si nous nous plaçons sur ce secteur c’est uniquement pour être prêt au moment où les tarifs seront plus proches d’un niveau de compétition. Nous serons alors compétents puisque l’on aura bénéficié d’une période d’apprentissage de ce métier.

Pour revenir à l’éolien, quelle prestation offrez-vous ?

Nous choisissons le meilleur site aérodynamique possible, une belle colline bien ventée par exemple. On regarde alors les conditions techniques et environnementales, les conditions tarifaires, les contraintes d’usage, des sols… et si cela nous semble jouable, on conçoit notre installation, on la construit, on la finance et on l’exploite, pour nous à 90% et pour le compte de tiers lorsque l’on nous le demande. Nous avons par exemple vendu un parc éolien clé en main au Maroc à Lafarge, et deux en France.

Comment sont localisés vos parcs existants ?

Notre premier parc éolien a été érigé dans l’Aude, à Port-la-Nouvelle, puis à Sigean… Ensuite, nous nous sommes intéressés à la Bretagne, où nous avons actuellement 3 parcs qui fonctionnent. Nous avons également des parcs en Vendée et dans le Nord.

Nos critères sont simples : le parc doit être acceptable pour les riverains. On réalise donc une étude d’impact environnemental et si toutes les contraintes éthiques et environnementales passent au vert, on regarde alors la qualité du vent et enfin si techniquement le projet est faisable, par exemple, si les routes permettent un accès au chantier, si les conditions climatiques permettent une exploitation continue…

Cependant, il me semble assez anormal qu’il soit plus compliqué de construire en France un parc éolien qu’une usine nucléaire dans le Cotentin ! J’estime que l?approche réglementaire en général a quelque chose d’un peu discriminatoire.

Et le bruit ?

Il faut remettre les choses à leur place, c’est une mauvaise rumeur. Il y a plus de 100.000 éoliennes qui tournent dans le monde, s’il y avait un véritable problème de bruit cela se saurait.

A titre de comparaison, si vous vous placez au pied d’une éolienne à côté de votre voiture avec le moteur allumé et au ralenti, le bruit de votre moteur couvre celui de l’éolienne. Les éoliennes font effectivement du bruit mais pas plus qu’une voiture au ralenti !

Comment s’organise le secteur de l’éolien en France ?

La Compagnie du Vent et ses concurrents constituent la filière éolienne française, représentée par l’association France Energie Eolienne (FEE) dont je suis le vice-président, la branche éolienne du syndicat des énergies renouvelables.

Cette association professionnelle regroupe 95% des acteurs de l’énergie éolienne en France. Ce sont plus de 200 entreprises, de la start-up à de vieux pionniers comme nous, en passant par Areva, Alstom, Schneider, EDF EN, GDF… Cela représente une filière lourde de l’industrie française qui investit 2 milliards d’euros par an.

C’est également une filière sur laquelle on peut compter. Comme on l’a déjà vu, la nouvelle équation énergétique de la France et de l’Europe doit tenir compte de la raréfaction des ressources fissiles et fossiles et de l’impact sur l’environnement des gaz à effet de serre, ainsi que de l’augmentation conséquente sur les prix de l’énergie. Sachant que seule l’énergie éolienne peut répondre dans les quelques années à venir à la décision européenne du 9 mars, la filière éolienne va donc dans les prochaines années fortement contribuer à atteindre l’objectif de 20% d’énergies renouvelables d’ici 2020 prônés par l’Europe.

Comment situer l’énergie éolienne française sur le plan européen ?

La France se situe au 10ème rang européen par la capacité éolienne installée, très loin derrière les premiers qui sont l’Allemagne, l’Espagne, le Danemark… Cependant, vu le potentiel éolien de la France, le pays devrait rapidement pouvoir se placer dans un trio de tête européen.

La France avait fait le choix du tout nucléaire, très bien. Il ne faut pas opposer nucléaire et éolien, cela ne sert à rien. Il y a une énergie qui a permis à la France d’être très vertueuse sur le plan des gaz à effet de serre au 20ème siècle, c’est le nucléaire. Au 21ème siècle, l’énergie qui lui permettra de rester parmi les bons élèves de la classe sera l’énergie éolienne dans un premier temps et le photovoltaïque ensuite.

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