“Il faut instaurer un moratoire sur les lignes THT”

criirem_catherine_gouhier.JPGCatherine Gouhier, membre fondateur et responsable du laboratoire mesures du Criirem, Centre de recherche et d’information indépendantes sur les rayonnements électro-magnétiques, qui vient de publier une enquête qui révélant les nuisances subies par les riverains des lignes très haute tension (THT). Ces résultats font écho à la forte mobilisation de plusieurs milliers de normands qui s’opposent  actuellement au projet de ligne THT Cotentin-Maine.

Pourquoi avez-vous réalisé cette enquête ?

Le Criirem a été sollicité par le collectif « STOP THT Cotentin-Maine » et nous avons considéré qu’il serait intéressant d’avoir des témoignages de gens qui vivent à sous ou à proximité des lignes.

Nous avons comparé 3 zones, une zone fortement exposée, celle de Flamanville, une zone faiblement exposée et une zone non exposée donc sans THT. Nous avons considéré qu’il y avait exposition dans un périmètre de 300 mètres autour des lignes THT.

Quels sont les principales conclusions de votre enquête ?

On constate un nombre beaucoup plus important de problèmes à proximité des lignes THT, qu’il s’agisse des agriculteurs, de leur exploitation (NDLR : perturbations diverses, mauvais rendements laitiers, agressivité, etc.) ou des simples riverains (NDLR : état dépressif, maux de tête, etc.).

RTE a mis en doute la crédibilité scientifique de votre enquête?

Nous ne prétendons pas avoir réalisé une étude scientifique mais une enquête citoyenne, même si on utilise des analyses scientifiques pour ressortir des données. Cette enquête montre qu’il existe de vrais problèmes qui ne sont pas actuellement pris en compte.

Le premier sujet d’étonnement au début de l’enquête a été le très bon accueil des riverains. Après 20 ans que la ligne était installée, ils ne comprenaient pas pourquoi personne ne s’était intéressé aux nuisances qu’elle pouvait générée sur leur vie quotidienne. Ils expliquaient qu’on avait planté les pylônes et installé les lignes et ensuite plus rien.

Le nombre de réponses recueillies nous a également surpris. On partait sur 2.000 réponses à nos questionnaires, or nous en avons reçu plus de 6.000. C’est une preuve que les riverains de ces lignes ont envie de parler des problèmes qu’elles soulèvent, sans avoir trouvé jusqu’ici d’interlocuteurs pour en discuter.

Il ne s’agit donc pas d’une démarche épidémiologique, ni sanitaire, mais c’est en tout cas une démarche qui a abouti un constat fort, qui ne peut pas être ignoré.

Est-on juste dans le ressenti ?

Les problèmes constatés sur les animaux sont au-delà du ressenti. Les agriculteurs se plaignent de problèmes concrets de production, sur le lait ou la viande.

Mais les études récentes comme celles de l’Afsset sont plutôt rassurantes sur la question ?

Pour l’instant, l’Afsset a uniquement présenté une étude méthodologique, sans aucun résultat. C’est d’ailleurs assez consternant, voir ubuesque ce qui a été présenté vendredi matin.

Cette enquête a été réalisée pour alerter notamment les décideurs politiques que les lignes haute tension génèrent des problèmes chez les riverains, et qu’il faut s’en préoccuper. Il faut arrêter de fermer les yeux.

Existent-ils des solutions ?

Il faut instaurer un moratoire et se donner les moyens de réaliser une véritable étude scientifique sur la question. On veut augmenter le kilométrage de lignes à haute tension en Normandie. Nous disons qu’il faut peut-être avant regarder de plus près les incidences de ces lignes déjà existantes sur la population.

Votre démarche est-elle militante ?

L’enquête a été effectuée de manière la plus objective possible, avec plusieurs méthodes statistiques utilisés, qui toutes les trois arrivent aux mêmes résultats. Je ne me considère pas comme une militante mais lorsque il y existe des faits avérés, il faut regarder et s’interroger.

Cette enquête aura-t-elle des suites ?

Je pense que les politiques sont à l’écoute et j’espère qu’ils vont s’emparer de la question. Pour rappel, il existe une résolution du Parlement européen qui déclare les normes actuelles obsolètes, et qui demande la mise en place de nouvelles normes.

> Pour en savoir + : Enquête « Vivre avec une ligne THT ? » (pdf)

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