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“Nous n’avons jamais vu une crise d’une telle ampleur”

bir_dominique_maguin.JPGDominique Maguin, Président du BIR (Bureau of International Recycling) qui regroupe 800 sociétés et fédérations nationales du recyclage issues de 70 pays. Ancien Président de Federec, et il est toujours Président d’honneur de la Fédération de la récupération du recyclage et de la valorisation.

Quel est l’impact réel de la chute des cours de matières premières sur l’industrie du recyclage ?

Qu’il s’agisse du recyclage de ferraille, de matières plastiques, ou de papier, malheureusement, c’est l’ensemble des entreprises du recyclage qui est actuellement touché par la crise économique actuelle. D’ailleurs, d’une façon très surprenante, de mémoire de professionnels, nous n’avons jamais vu une crise d’une telle ampleur, concerner tous les secteurs, et d’une telle brutalité.

De quand date cette chute des cours de matières premières ?

Concernant le secteur des métaux, on pouvait constater dès le mois d’août que la situation était en train de se détériorer. En effet, dès cet été, les renouvellements des carnets de commande dans nos entreprises commençaient à donner des signes de faiblesse.

Dans tous les autres secteurs, cette chute date véritablement de septembre, c’est donc encore très proche. Depuis la rentrée de septembre, nous constatons l’absence de commandes et que tous les secteurs sont attentistes.

Quels sont les secteurs les plus touchés ?

Les hiérarchiser serait très prétentieux. Pourquoi ? Parce que chaque secteur a ses marchés, ses bassins d’approvisionnement, mais la crise touche en fait tout le monde en même temps, à la même heure et avec la même intensité.

Peut-être que pour les sociétés qui traitent la fibre cellulosique donc le papier, la crise est sans doute plus dure à supporter dans la mesure ou c’est le secteur qui n’a pas profité ces dernières années de l’embellie sur le prix des matières premières. Avec peu de provisions réalisés ces dernières années, ces entreprises sont particulièrement touchées par ce revirement du marché.

Très concrètement, y-a-t-il d’ores et déjà des entreprises qui sont contraintes de déposer le bilan ?

Il est encore trop tôt pour faire un point précis là-dessus. On parle ici d’un secteur où traditionnellement, les gens sont prudents et sont proches du terrain. Ce que l’on peut déjà dire c’est qu’il y a des entreprises qui annoncent aujourd’hui dans le secteur du papier un coup d’arrêt sur leurs investissements et sur les acquisitions qu’elles envisageaient.

Tout le monde scrute le marché pour savoir quand est-ce que l’activité va repartir. Ce qui est clair, c’est que les acteurs du recyclage sont pour le moins très attentifs à ce qu’il se passe.

Pour revenir aux cours des matières premières, y-a-t-il quelques signes d’espoir à court ou moyen terme ?

Sur le secteur du papier, nous constatons la reprise des achats des unités de consommation chinoise, qui sont revenues de façon relativement forte, depuis la dernière semaine de novembre et le début du mois de décembre. On a relevé des commandes importantes et sur des prix très en hausse par rapport aux prix du marché « normal ».

Il faut bien voir que les consommateurs européens s’étaient mis en tête ces derniers mois que les cours allaient tomber autour de 0, ce qui est complètement ahurissant. Comment peut-on penser qu’une matière première puisse ne plus rien valoir. Il n’est pas raisonnable de penser cela.

Les acheteurs se sont pris à rêver de marchandises qui auraient perdu toute valeur, pour produire pas cher. Il faut arrêter de rêver et redescendre sur terre. Les matières premières ont un coût. Dans la matière vierge, il y a un coût d’extraction. Avec la matière recyclée, il y a également un coût d’extraction avec la collecte, la valorisation des produits, leur standardisation, leur mise en conformité avec des normes de production, tout ça vaut de l’argent.

Par conséquent, penser que la matière n’a plus de valeur et qu’on peut transférer le prix de la matière première sur le détenteur d’origine, ce n’est pas vrai, le marché ne s’organise pas comme cela et ne s’organisera jamais comme cela. Il faut redevenir raisonnable et que toute le monde recommence à se parler.

Pour faire un parallèle avec la crise financière, ou immobilière, les cours de matières premières n’étaient-ils monté à des niveaux trop élevés ?

Tout à fait. En ce qui concerne les métaux ferreux et non ferreux et les matières plastiques, on était effectivement rentrer dans une espèce de bulle parce que les prix montaient trop hauts. Tout le monde savait que cette situation devait s’arrêter à revenir à des cours plus normaux. Cependant, sur les marchés des matières premières, avant de revenir à des cours plus classiques, cela peut passer à des mouvements brutaux.

Les prix remonteront parce que le monde ne s’est pas arrêté de consommer. Je crois qu’il y a un élément qu’il faut avoir en tête, c’est nous continuons de vivre, de respirer et de consommer. Et pour fabriquer ces produits qui sont consommés, il faudra obligatoirement de la matière.

Ceci étant, le coût d’arrêt de l’industrie automobile, notamment pour l’activité acier, est important. Quand on réduit la production à hauteur de centaines de milliers d’automobile, on réduit par voie de conséquence le besoin des centaines de milliers de tonnes d’acier.

Il y a une donnée totalement incertaine qui est liée à la crise financière et qui continue à secouer le monde, semaine après semaine avec ses conséquences sur les entreprises comme la réduction des liquidités financières, ou la raréfaction des disponibilités de crédits, c’est-à-dire le carburant de l’économie.

Cette crise va-t-elle contraindre certains secteurs comme le recyclage automobile à revoir leur modèle économique ?

Si cette crise fait clairement souffrir beaucoup d’entreprises du recyclage notamment dans l’automobile, je ne pense qu’elle remette en cause directement leur modèle économique. Cependant, cette crise va cependant demander à la communauté professionnelle de notre secteur de réfléchir et de recalibrer les services et les types d’activités autour de l’industrie automobile par exemple.

Une automobile en fin de vie, c’est une automobile que l’on déconstruit, que l’on dépollue avant de pouvoir en extraire la matière pour produire autre chose. Je ne crois pas que le modèle économique du recyclage automobile tel qu’il existe actuellement soit véritablement remis en cause. Cela dit, ce modèle devra être affiné, précisé, car la crise actuelle crée des perturbations importantes dans ce secteur.

Vous attendez-vous à des mouvements de concentration dès 2009 ?

Toutes les crises que nous avons connu ont toutes donner lieu à des mouvements de concentration. Il n’y a pas de raison de penser que cette crise échappe à la règle. En effet, les entreprises qui souffrent le plus essaieront d’obtenir la protection des plus solides, c’est évident. Que les plus grands acteurs du marché en profitent pour faire un certain nombre d’opérations de croissance externe, c’est très probable.

Le BIR que vous présidez, a récemment tiré la sonnette d’alarme, en demandant à l’Union européenne de se pencher sur la crise qui frappe durement le secteur du recyclage, pouvez-vous nous en dire plus ?

Il est encore un peu tôt pour en parler mais des réunions sont programmées en ce sens, pour essayer de mesurer l’importance de la crise et de vérifier qu’un certain nombre d’acteurs ne réagissent pas trop fortement. Je crois qu’aujourd’hui, toutes les nations ont besoin de connaître le niveau réel du ralentissement de leur économie respective.

Rien de concret pour l’instant ?

On avait par exemple attiré l’attention des autorités internationales sur le problème des barrières douanières qui étaient mises en place dans un certain nombre de pays, comme la Russie. Le fait que ce pays soit revenu en arrière, et à nouveau dégagé son marché en facilitant les échanges internationaux, va dans la bonne direction.

La question la plus délicate actuellement, c’est de cerner précisément la réalité de la crise actuelle sur les entreprises du recyclage et de connaître en particulier le niveau réel des carnets de commandes des uns et des autres. Chacun garde ses informations jalousement, ce n’est pas la bonne méthode. Il faut qu’on puisse obtenir plus de transparence. C’est dans l’intérêt de tous, des fondeurs, de la sidérurgie, de la plasturgie, de la papeterie internationale, pour obtenir une meilleure visibilité pour les mois et les années à venir dans notre profession.

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