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“Aujourd’hui encore, des transformateurs contenant 300 à 400 litres de PCB sont éventrés”

WWF.JPGGuillaume Llorca, responsable investigation au WWF France

Le WWF a déclaré la guerre aux PCB et a développé un site « stopauxpcb.com » . Y a t il urgence ?

Il s’agit de faire prendre conscience aux citoyens français des conséquences d’une pollution chimique de nos fleuves, terres ou atmosphères. Il s’agit de leur faire prendre conscience qu’il existe aujourd’hui dans notre environnement des produits dangereux, qui ne sont pas biodégradables. Nous souhaitons les alerter avant tout en leur donnant des informations.

En France, on a trop longtemps manqué d’information à ce sujet. Notre démarche avec ce site est donc de leur permettre de consulter des documents officiels émanant des services de l’Etat, ou de l’Inra, du CNRS… En complément de cela, nous sommes en train de réaliser les premiers test d’imprégnation en France concernant la contamination éventuelle de l’homme par la pollution aux PCB.

Quel a été le point de départ de votre action ?

Le premier pêcheur a avoir porté plainte contre les PCB est Cédric Giroud, en septembre 2005. Mais à l’époque, quelques pêcheurs du Rhône ne faisaient pas le poids. Avec le WWF nous avons commencé des investigations en août 2007 et nous nous sommes rendus sur des sites de pollutions avérées. Car il s’agit bien d’une pollution industrielle avérée, avec le Grand Large, le Vieux Rhône et le Rhône. Nous avons également rencontré le maire de Mézieux qui avait lui aussi porté plainte, ainsi que tous les acteurs concernés, pêcheurs de loisirs ou professionnels.

Puis, par pur hasard, nous sommes alors tombés sur un dragage qui s’effectuait sur le vieux Rhône, sur une zone de captage des eaux potables de la ville de Lyon, sans aucune mesure de précaution alors que si des sédiments sont touchés par les PCB on ne peut pas draguer sans mesures particulières. Les macro-déchets étaient ensuite déposés dans une péniche qui les déversaient un peu plus loin en aval.

En tant que témoins, nous avons été interrogés à l’hôtel de police de Lyon et notre cassette a été mise sous scellée.

C’est à ce moment que l’affaire a vraiment commencé, quand le quotidien « Le Monde » s’est emparé de notre vidéo. Le 19 septembre 2007, nous avons organisé une conférence de presse où nous avons notamment demandé que soit mis en place un système d’indemnisation pour les pêcheurs professionnels ainsi qu’une étude d’imprégnation sur l’homme.

Avez-vous présenter ces demandes lors de la réunion du Copil présidée par Nathalie Kosciusko-Morizet ?

J’étais présent à Paris, au mois de février. Ils ont annoncé qu’ils comptaient réaliser une étude d’imprégnation qui devait durer trois ans, et que par ailleurs aucune indemnisation n’était prévue pour les pêcheurs. Ils ne bénéficieraient que d’un abaissement ou d’une exonération de charges sociales ou des baux de pêche. Mais cela ne résout en rien le problème. S’il y a effectivement pollution industrielle avérée, on doit appliquer le principe du pollueur-payeur, mais dans ce cas précis, où est le pollueur ? On les connaît les pollueurs !

On pense forcément à Trédi…

Trédi était une entreprise d’Etat avant son rachat en 2003 par Séché. Or, à l’époque, il ont eu l’aval du Préfet pour avoir le droit de rejeter des PCB dans le fleuve. Ils s’abritent donc derrière cette autorisation préfectorale. Mais si on raisonne en terme de quantité de PCB rejetés dans le fleuve, Trédi ne représente qu’à peine 80%. Il existe donc d’autres sources.

Par ailleurs, nous mettons en évidence une autre réalité. Aujourd’hui, on continue à polluer. La recrudescence de vandalisme sur les transformateurs électriques, pour récupérer le cuivre, engendre à chaque fois le déversement de 300 à 400 litres de PCB dans la nature.

Géographiquement, la pollution ne se cantonne pas au Rhône ?

Pas du tout, on en trouve partout. Je peux vous certifier que la Seine est touchée, la Somme également. Même un fleuve comme la Loire aurait quelques soucis notamment au niveau des barrages, étant donné qu’ils arrêtent les sédiments et provoquent donc une accumulation de polluants.

Cette étude d’imprégnation que vous réalisez, comment la financez-vous ?

Nous la finançons nous-même avec nos deniers.

Et la réaction du gouvernement ?

Aucune pour l’instant, mais je pense qu’ils étaient plus occupés par les OGM ces derniers temps. Ce qui est sûr c’est que le gouvernement ne pourra désormais plus affirmer qu’il était impossible de faire une enquête sur trois mois puisque nous l’avons fait. De plus, leur étude, prévue sur trois ans, risque de ne pas être fiable puisqu’elle devrait être réalisée uniquement sur des pêcheurs. Nous estimons de notre côté qu’une telle enquête doit être menée sur toute la population.

Où en êtes-vous de cette étude ?

Les prises de sang sont terminées et nous organiserons une grande conférence de presse le 29 mai prochain afin de communiquer les résultats et de leur donner une interprétation scientifique.

Mais cela ne veut pas dire que nous nous arrêterons là. Nous continuons les investigations, notamment sur les sources de contamination actuelles. Nous travaillons sur des alertes locales.

Les gens nous font remonter des informations qui s’avèrent assez édifiantes. Nous disposons déjà de pas mal de photos de transformateurs éventrés. Pour prendre un exemple, entre 1987 et 1992, Trédi a déversé des PCB dans la nature à raison d’environ 500 kg par an.

Aujourd’hui encore, ce sont des transformateurs contenant 300 à 400 litres qui sont éventrés. Or ils existent encore des milliers de transformateurs dans la nature. En France, il n’existe aucune obligation de déclarer ses transformateurs. Si EDF l’a bien fait, RTE reste dans le flou. La question derrière tout cela est donc de savoir qui va dépolluer, qui va payer ?

Quelles sont les conséquences d’une éventuelle contamination sur l’homme ?

Il est scientifiquement prouvé qu’une contamination aux PCB provoque chez la femme une recrudescence de cancers du sein. Elle engendre également chez l’enfant de gros problèmes neurologiques avec une perte de QI, ou des problèmes de suractivité. Chez l’homme, on constate des gros problèmes de fertilité, problèmes que l’on retrouve également chez l’animal.

> Pour en savoir + : www.stopauxpcb.com

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