RDC : une quête d’investisseurs dans le secteur de l’électricité

  • par La Rédaction
  • 10/08/2022
  • Energie
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La RDC a un potentiel hydroélectrique estimé à 100 gigawatts qui en fait le troisième pays mondial.

La République démocratique du Congo (RDC) est l’un des États qui a le moins accès à l’électricité. Plus d’une personne sur quatre en est privée. Une situation paradoxale pour ce pays, à la géographie pourtant avantageuse, dont les avancées en la matière relèvent surtout d’une pincée d’entreprises privées (ENK, Groupe Forrest International, Virunga Energies…). Si l’État est dans ce domaine exsangue, sa régulation grandissante du secteur de l’électricité pourrait dynamiser à terme les investissements, à la faveur de nouvelles infrastructures.

Concernant le développement de l’accès à l’électricité en RDC, la Banque mondiale a longtemps attribué la participation frileuse du privé à un « mauvais environnement institutionnel et juridique ». Or des règles, des normes et des pratiques claires sont essentielles pour rassurer les investisseurs.

Des avancées dans la régulation du marché national de l’électricité

En juillet 2022, l’adhésion de la RDC à l’Association régionale des régulateurs de l’énergie de l’Afrique orientale et australe (ARÉOFA) marque cependant une étape significative. Elle consacre en effet la montée en puissance de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE). Cette dernière, créée en 2016, s’efforce de garantir une concurrence ouverte et loyale sur le marché congolais de l’électricité, en instaurant un cadre réglementaire suffisamment robuste et transparent.

En ce sens, le rapport sur l’indice de réglementation de l’électricité (2021) de la Banque africaine de développement (BAD) se montre rassurant. Le niveau de gouvernance réglementaire de la RDC est passé en un an de « faible » à « substantiel » (sur quatre niveaux : faible, moyen, substantiel et élevé). Huit indicateurs ont été passés au crible par l’institution financière : mandat légal, clarté des rôles et des objectifs, indépendance, responsabilité, transparence, participation, prévisibilité, et libre accès à l’information. Autant de critères qui témoignent de l’avancée protéiforme de Kinshasa.

Le développement de partenariats public-privé : une course de longue haleine

De quoi attirer des investisseurs ? Il est encore trop tôt pour le savoir, mais la situation demeure préoccupante, si ce n’est alarmante. En 2021, la quasi-totalité des entreprises publiques congolaises ont été déclarées déficitaires ou très endettées. Une « faillite virtuelle » qui explique l’obsolescence voire le manque criant d’installations de production d’électricité. Cela alors que le pays dispose d’un potentiel hydroélectrique estimé à 100 gigawatts, qui le place derrière la Chine et la Russie.

Pourtant, la RDC multiplie depuis longtemps les efforts en faveur d’une émergence énergétique nationale. Objectif affiché : un taux d’électrification de 30% d’ici à 2024 (contre 19% aujourd’hui).

Dès juin 2014, les autorités publiques ont libéralisé le secteur de l’électricité, en promouvant des partenariats public-privé. La loi n°14/011 a ainsi permis d’impulser de nouvelles offres d’électricité en milieux urbain, périurbain et rural, en créant les conditions utiles à la captation d’investissements.

Le but était d’encourager les entreprises privées à porter des projets, au premier rang desquels des mini-grids. Ces systèmes, indépendants du réseau national, visent à alimenter des communautés isolées (ménages, entreprises, exploitations agricoles, etc.). Ils constituent, pour l’État, un moyen d’amener l’électricité dans les zones non desservies par la Société nationale d’électricité (SNEL).

Un microcosme d’acteurs impliqués (Virunga Foundation, George Forrest, Filip Vanhoutte…)

À l’aune de l’immensité du pays, la participation du privé reste limitée, mais toujours la bienvenue. Les initiatives sont en effet très locales. Parmi les contributeurs de premier plan, Virunga Energies produit, distribue et commercialise une énergie hydroélectrique au profit de la périphérie du parc éponyme (Nord-Kivu). L’entreprise détient aussi des centrales à Luviro, Matebe et Mutwanga.

Autre poids lourd : le Groupe Forrest International qui, via sa filiale Congo Energy, est spécialisé dans le financement, la construction et la rénovation d’infrastructures. Ces dernières années, le groupe de l’homme d’affaires George Forrest a réhabilité de nombreuses centrales hydroélectriques (Bendera, Inga, Nzilo, Sanga…) et a construit une centrale solaire à Manono, dans le cadre de partenariats public-privé.

George Forrest n’est pas le seul entrepreneur belge à être actif en RDC. Filip Vanhoutte, à la tête de la société ENK, fruit d’un partenariat entre Energreen et la province du Nord-Kivu, exploite plusieurs centrales hydroélectriques, dont celles de Tshikapa et d’Ivugha. L’entreprise se penche aujourd’hui sur un projet intitulé « Talihya-Nord I », qui est destiné à raccorder les villes de Butembo et de Beni.

Bien que ces initiatives aient indéniablement amélioré le quotidien de milliers de Congolais, la Banque mondiale se montre pessimiste : si le rythme d’électrification au cours lors de la dernière décennie est maintenu, 80% de la population congolaise pourrait toujours être privée d’électricité d’ici à 2030. Il est à espérer que le nouveau contexte réglementaire fasse des émules auprès des investisseurs.

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