Production électrique : la Guyane se prépare au 100% EnR

guyane production électrique renouvelable

Les énergies renouvelables (EnR) pourraient produire 100% de l’électricité en Guyane avant 2028. Reste que les EnR devront rendre des services système indispensables afin de sécuriser l’approvisionnement électrique. 

Alors que la loi de transition énergétique pour la croissance verte impose d’atteindre l’autonomie énergétique d’ici 2030, la Guyane pourrait bientôt faire figure de très bon élève. D’après les données de l’Agence de la transition écologique (Ademe) en Guyane, les énergies renouvelables pourraient produire 100% de l’électricité de la région d’outre-mer avant 2028. Actuellement, les deux-tiers de sa production d’électricité sont assurés par des énergies renouvelables.

Un système énergétique atypique

Cela dit, les modes de production d’électricité en Guyane s’avèrent, pour l’heure, très hétéroclites, ce qui n’est pas sans conséquences sur la façon d’appréhender les EnR. « Le réseau de transport de l’électricité s’étend de Cayenne à Saint-Laurent du Maroni (de l’est à l’ouest en suivant la cote, ndlr) », décrit l’Ademe dans un document consacré au sujet. Soit, là où se concentre la grande majorité des 300 000 habitants que compte la région. Le reste du territoire étant principalement occupé par la forêt et quelques communes situées à l’intérieur du territoire. La majeure partie de la production est assurée par le barrage hydroélectrique de Petit Saut (115 MW). Viennent ensuite les centrales de Dégrad-des-Cannes (turbines à combustion (TAC) 40 MW/Diesel 72 MW) situées sur l’île de Cayenne et de Kourou (TAC 22 MW). La production photovoltaïque compte pour environ 6% du mix énergétique. Le reste correspond aux installations propres à chaque commune de l’intérieur, dépassant rarement les 1,2 MW. 

Sécurisation de l’alimentation électrique en temps réel

Les systèmes électriques de la Guyane, que ce soit sur le littoral ou dans les communes de l’intérieur, ont pour fonction d’équilibrer à chaque instant la production et la consommation en adaptant instantanément la puissance des différents moyens de production. Le réglage de la puissance produite n’est permis que par certaines sources d’énergies dites « pilotables », comme la biomasse, ou l’hydraulique. Les autres, comme le photovoltaïque et l’éolien, sont intermittentes, leur recours nécessite donc la présence des énergies pilotables, et éventuellement de stockages, pour que le système soit toujours en mesure d’alimenter les clients.

De cette obligation de service découle des précautions en termes de mix énergétique et par conséquent de répartition entre les différentes énergies renouvelables à installer sur le territoire. Un taux de pénétration de 100% des EnR impose donc qu’une grande partie d’entre elles soit en mesure de fournir ces « services système » qui sont la garantie à la fois de respect du cahier des charges du Service Public et d’une qualité de courant identique à celle de la France hexagonale. Sans ces services, la sécurisation de l’alimentation électrique des clients, à chaque instant, ne serait  pas possible.  

Cap sur la biomasse

Actuellement, la grande majorité de ces services système sont rendus par le barrage de Petit Saut et par la centrale thermique de Dégrad-des-Cannes. Dans le futur, en l’absence de production thermique fossile, les énergies renouvelables devront apporter leurs pierres à l’édifice. Et ce, à l’horizon 2023, date à laquelle la centrale thermique de Dégrad-des-Cannes, qui fonctionne au fioul lourd, sera mise à l’arrêt et remplacée par une installation électrique renouvelable fonctionnant à la biomasse liquide. La nouvelle centrale – baptisée centrale du Larivot – doit fournir 120 MW en puissance garantie sur le système électrique du littoral grâce à la biomasse liquide (en remplacement de l’actuelle installation qui produit 112 MW ). 

La transition du parc, elle, est en route. La centrale du Larivot doit permettre de réduire considérablement les émissions directes de gaz à effet de serre (GES) : elles seront divisées par quatre par rapport à l’actuelle centrale (en analyse de cycle de vie). « Ce projet réduira également fortement les émissions d’oxydes d’azote (-64%) et d’oxydes de soufre (-99,6%) », détaillait le ministère de la Transition écologique dans un communiqué. 

Garantir la sécurité énergétique de la Guyane

D’autant que la biomasse pourrait revêtir un intérêt dans le cadre de la sécurisation des systèmes électriques guyanais. L’opérateur EDF PEI indique qu’il propose « un outil de production renouvelable à puissance garantie : c’est-à-dire une solution capable de produire une puissance demandée et ce, à tout moment. Ce n’est pas le cas de toutes les sources d’énergie. Aujourd’hui en Guyane, seuls l’hydraulique (barrage de Petit-Saut) et l’usage de la biomasse pour une production thermique permettent de sécuriser l’approvisionnement électrique », détaille la filiale du Groupe EDF dans un communiqué.

Les acteurs du projet, la Région et les services de l’Etat, eux, sont optimistes. Mais le programme, bien que soutenu localement, a fait l’objet de contestations par deux associations environnementales : Guyane Nature Environnement (GNE) et France Nature Environnement (FNE). L’autorisation environnementale avait même été suspendue dans un premier temps par un juge des référés, en raison de considérations environnementales avant d’être rétablie par décision du Conseil d’État, le 10 février dernier. Une décision saluée sur Twitter par Lénaïck Adam, député (LREM) de Guyane « C’est une victoire pour le développement énergétique et économique de notre territoire ! ».

Même enthousiasme du côté de Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, et Gabriel Serville, président de la collectivité territoriale de Guyane. Le premier assurant que « pour les Guyanaises et les Guyanais, c’est une bonne nouvelle. Cette future centrale reste la solution la moins polluante pour garantir la sécurité énergétique du territoire. » Quand le second dit prendre « acte avec satisfaction de cette décision, qui souligne la solidité des arguments développés par la Collectivité territoriale de Guyane. »

 

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