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Origine du tabac consommé en France : une étude de Santé Publique France salutaire, mais encore trop timide

Santé Publique France, en se basant sur les travaux de l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies (OFDT), a publié hier une étude sur l’origine du tabac consommé en France. Cette étude établit que 77,8% des fumeurs de tabac (cigarettes et tabac à rouler) achète leur tabac dans le réseau officiel des buralistes. Une proportion qui ne bouge pas depuis 2014, malgré les fortes hausses des prix décidées par Emmanuel Macron, Président de la République, et Agnès Buzyn, Ministre de la Santé.

Une étude salutaire…

L’étude de Santé Publique France contredit les propos alarmistes des fabricants de tabac qui s’opposent régulièrement aux fortes hausses des prix, responsables, selon eux, de l’explosion de la consommation des produits de contrebande. L’étude invalide ce lien de cause à effet, et interroge la bonne foi des cigarettiers, tels que Philip Morris International, British American Tobacco ou à Seita-Imperial Tobacco, et les colporteurs de leurs campagnes de communication.

Par ailleurs, cette étude de Santé Publique France remet en cause les chiffres de l’étude de KPMG sur le commerce parallèle, que les 4 majors du tabac financent à 100%. Elle donne raison à l’association le Comité National Contre le Tabagisme (CNCT) qui avait prouvé que les chiffres de cette étude étaient manipulés d’année en année. Cette manipulation des chiffres, venant des cigarettiers, n’est pas étonnante car les groupes industriels en sont coutumiers pour détourner l’attention sur l’origine du commerce parallèle de tabac. Elle interroge cependant les méthodes de calcul du géant de l’audit, KPMG, qui semble cautionner ainsi les manœuvres des multinationales du tabac.

… mais trop timide.

Santé Publique France et l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies indiquent que 16,4% des fumeurs français ont acheté leur tabac dans des pays limitrophes, 1,6% dans des pays non limitrophes et 2,1% dans les duty-free. Il n’est pas inutile de préciser que ce tabac, acheté moins cher à l’étranger (car les taxes et/ou le niveau de vie de ces pays sont différents), sort également des mêmes usines des cigarettiers.

En effet, le commerce parallèle de tabac frontalier est en forte hausse, ce que les multinationales passent souvent sous silence. Pourtant, ces cigarettes sont à 100% authentiques et volontairement fournies en commerce de gros (multicartouches, poches de tabac à rouler de 5kg, boites de 50 paquets de feuilles à rouler etc.) dans des lieux de transaction qui ressemblent de plus en plus à des duty free intra-communautaires. Pour mettre en échec les politiques de santé publique des Etats membres les plus protecteurs ? En tous cas, ces différentiels de taxation démultiplient les incitations au commerce parallèle dans les régions frontalières en UE.

En d’autres termes, si les fumeurs français trouvent si facilement du tabac dans ces pays étrangers, notamment limitrophes (frontière belge, luxembourgeoise…), sans provoquer de ruptures d’approvisionnements ou de pénuries pour les fumeurs autochtones, c’est peut-être parce que les cigarettiers surproduisent et sur-approvisionnent leurs cigarettes et tabac à rouler.

Comment mettre fin à ce phénomène d’achat de tabac à l’étranger ? Santé Publique France et l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies ne proposent pas encore de préconisations. Par ailleurs, l’harmonisation des prix du tabac en UE ne semble pas d’actualité. Pourtant, l’article 7 du Protocole de l’OMS « pour éliminer le commerce illicite du tabac » prévoit l’établissement de quotas de livraisons de tabac par pays, en fonction de la consommation domestique.

A l’heure où s’engage une révision de la Directive Tabac pour 2021, voici une revendication que devraient porter les buralistes français auprès de leurs nouveaux députés européen. Eux qui perdent chaque année 250 millions d’euros à cause des achats transfrontaliers, et près de 1000 collègues qui ferment leurs portes dans les départements frontaliers des pays vendant du tabac à bas prix.

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