La Côte d’Ivoire et la France unies pour une agriculture plus écologique

Depuis plusieurs années, l’agriculture ivoirienne est soumise à un triple défi : demeurer l’une des plus performantes du continent africain, l’impérieuse nécessité de se moderniser et s’adapter au réchauffement climatique. Avec le Laboratoire international Nexus, fruit de sa collaboration avec la France, le pays tente de projeter son agriculture dans le XXIe siècle.

 

Une coopération franco-ivoirienne  

Première puissance agricole d’Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire bénéficie d’un climat et d’un environnement propices à une agriculture diversifiée. À l’exportation, le pays est évidemment l’un des premiers producteurs de cacao au monde, mais le pays est aussi un leader régional dans le café, la noix de cajou, les agrumes, le coton ou encore la canne sucre. Pour son agriculture vivrière, la Côte d’Ivoire peut aussi miser sur ses importantes productions de riz, de maïs, de manioc, d’igname…

Mais les transformations climatiques liées au réchauffement de la planète et l’obligation de moderniser son agriculture pour rester compétitive incitent les pouvoirs publics ivoiriens à multiplier les partenariats et les collaborations, notamment avec la France. Des échanges scientifiques qui doivent permettre de préparer et d’anticiper les évolutions indispensables auxquelles devra se soumettre ce secteur clef de l’économie ivoirienne.

Le 9 mai dernier, l’inauguration du LMI Nexus avait lieu au Pôle scientifique et d’innovation du campus de Bingerville de l’Université Félix Houphouët-Boigny, à l’est d’Abidjan. Celle-ci a eu lieu en présence de plusieurs personnalités, dont la représentante de l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, Annick Diener.

Ce projet intitulé « Laboratoire mixte international Climat — Eau-Energie-Agriculture en Afrique de l’Ouest et Services climatiques 2019-2023 » — abrégé en « LMI Nexus » — est le fruit d’une collaboration entre l’université Félix Houphouët Boigny, coté ivoirien, et Institut de Recherche pour le Développement (IRD) côté français. « Nexus » signifie d’ailleurs interconnexion, et pour cause : il s’agit d’un projet de recherche sur la synergie entre l’eau, l’énergie, le climat et l’agriculture. L’objectif est clair : comprendre l’environnement agricole ivoirien et ses évolutions pour optimiser la gestion des ressources.

Comme le rappelle Sandrine Anquetin, chercheur à l’Institut de géoscience de l’environnement à Grenoble « Il faut étudier tous ces éléments ensemble parce que lorsqu’on va utiliser l’eau pour l’agriculture, cette eau ne pourra pas être utilisée pour l’énergie. Si l’on utilise de l’eau pour produire de l’énergie, on ne pourra pas la prendre pour l’agriculture et si on prendre de l’eau pour l’agriculture, on ne pourra pas la boire ou l’utiliser pour les usages domestiques. Donc il est essentiel de travailler sur l’interrelation, de voir quelles sont les contraintes sur chacun de ces secteurs. »

Une réponse au changement climatique 

Pour Abou Bamba Dramane, directeur de la recherche en Côte d’Ivoire, le rôle que va jouer le LMI Nexus dans cette lutte pour le leadership agricole est « très important aujourd’hui, dans un contexte de changement climatique où nos parents ne savent même plus quand il faut débroussailler, quand il faut mettre les semences en terre. » Un problème auquel le LMI Nexus doit apporter une réponse par une simulation numérique des services climatiques : « par exemple, il permettra aux paysans, agriculteurs de Côte d’Ivoire de mieux gérer, mieux anticiper sur le climat pour optimiser leur production », selon les mots de Jean-Marc Hougard. 

Un soutien à l’agriculture qui se fera également à travers une prévention des situations de stress hydrique, et ce en optimisant la répartition de l’or bleu disponible entre productions d’électricité, agriculture et usage domestique. Un travail sur l’interrelation qui se fera au niveau local.

À terme, le LMI Nexus doit être un levier pour faciliter la transition de la Côte d’Ivoire vers une agriculture plus efficace et plus durable. Une gestion optimisée des ressources naturelles et une meilleure connaissance des besoins qui doit aussi faciliter le développement des énergies renouvelables.  Une dynamique qui aboutira à une diminution des émissions de gaz à effet de serre, permettant ainsi à la Côte d’Ivoire de tenir ses engagements pris en 2015 dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat (COP 21).

 

Stephane Bougon

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