Urbanisme : les Parisiens réclament de la nature

Europacity Tour Emblematik

Dans le sillon du Grand Paris, les chantiers se multiplient dans la capitale et ses alentours. Les projets novateurs poussent comme des champignons, répondant souvent à une demande de nature et de verdure de la part des citadins. La tour Emblematik ou Europacity promettent, non sans quelques polémiques, de faire venir la nature au plus près des Parisiens.

« Les citadins souhaitent rester citadins, mais revendiquent ce besoin de nature en ville, à la fois chez soi (faire pousser des tomates dans son garage, etc.) ou autour de chez soi, dans un jardin partagé et plus généralement dans le cadre d’un urbanisme végétalisé. » Organisatrice de l’exposition « Dans les branches, une cabane habitée » dans le IIIe arrondissement de Paris, Chloé Tournier pointe la principale tendance des nouveaux urbains en matière d’habitat : la nature.

Voilà près de quarante ans que la nature est revenue en grâce chez les architectes et les urbanistes : dès les années 80, les briques et le béton, autrefois synonymes d’accession aux progrès de la modernité, sont tempérées par une incorporation croissante d’espaces verts dans le tissu urbain. Mais les Français ne réclament désormais pas seulement un accès à la verdure, avec des parcs publics, mais l’intégration de la nature dans leur quotidien, dans leurs habitats.

Avec le Grand Paris, c’est toute l’Île-de-France qui est en chantier. De nouveaux projets d’urbanismes, de transports, de logements, d’infrastructures, qui doivent désormais tous prévoir un impact environnemental minimal et intégrer cette composante écologique. C’est notamment le cas avec la tour Emblématik, symbole du « Paris en Grand », inaugurée le 11 février à Aubervilliers. « La tour matérialise l’ambition de bâtir une ville plus verte, plus écologique et plus aérée, contrairement à ce que l’État a pu faire avec ses “grands ensembles” », a fait valoir la mairie communiste d’Aubervilliers lors de l’inauguration de l’édifice. « Audace architecturale, mixité fonctionnelle et programmatique, retour de la nature en ville avec de nouveaux modes d’habitat », a pour sa part souligné Patrick Ollier, président de la MGP.

Et pour cause. Haut de 54 m, l’immeuble propose 88 logements et des jardins suspendus tous les 4 étages. Ces jardins s’élèvent à 10 mètres de haut, comportent tous une petite parcelle et sont accessibles à chacun des habitants, quel que soit le palier de leur appartement. « C’est une manière d’habiter chez soi avec des extérieurs extrêmement généreux. Le dehors est le prolongement du dedans et donne beaucoup de ciel », explique l’architecte Sophie Denissof. Un potager en immeuble donc !

Le triangle de Gonesse, une ferme à portée de métro ?

L’aménagement du triangle de Gonesse, dans le Val d’Oise, propose aussi un remodelage de la région parisienne en intégrant massivement des zones agricoles et des espaces verts dans un quartier de loisirs. Mais le projet suscite la polémique.

Le Triangle de Gonesse, c’est une surface de 250 hectares aux portes de Paris, entre les aéroports de Roissy, du Bourget, l’autoroute A1 et la citée de Gonesse. Un espace propice aux grands projets… et aux controverses ! Associations de petits commerçants et médias sont vent debout le projet, tandis que l’État et les populations locales attendent beaucoup d’un complexe qui doit créer plusieurs dizaines de milliers d’emplois. L’annulation par la justice du plan local d’urbanisme de Gonesse n’a retardé le chantier que de quelques mois et le projet devrait bien voir le jour dans les années à venir.

Et l’écologie dans tout ça ? Sur les 750 hectares du triangle de Gonesse, 400 hectares ont été sanctuarisés par l’État. L’aménagement ne concerne que 280 hectares, les plus pauvres en biodiversité et les plus pollués par les engrais chimiques dissipés sur cette zone de culture intensive. Sur ces 280 hectares aménagés, Europacity en représente 80. À la demande des populations locales et sous la pression des pouvoirs publics, les promoteurs du groupe Alliage et Territoires, qui portent le projet, ont ajusté à plusieurs reprises leurs plans, en intégrant un maximum de dispositifs écologiques.

Europacity prévoit désormais une ferme urbaine de 10 hectares au cœur du quartier, lui-même quasiment autonome énergiquement avec une batterie de panneaux solaires, des kilomètres d’espaces verts, une production agricole en circuits courts, l’introduction d’espèces animales et végétales qui avaient disparu de la zone… le tout, enserrant des hôtels, des magasins et des musées. L’ensemble du site devra être accessible directement de la capitale, via la future ligne 17. Satisfaisant ? Réponse dans quelques mois.

« Nature 2050 »

Mais ces grands projets ne sont pas les seuls à vouloir distiller un peu de nature dans la vie des Parisiens : la Métropole du Grand Paris (MGP) et CDC Biodiversité — une filiale du groupe Caisse des Dépôts — ont lancé en février l’appel à projets « Nature 2050 — Métropole du Grand Paris ».

Collectivités, associations et citoyens sont invités à imaginer des solutions « fondées sur la nature pour préserver et restaurer la biodiversité afin d’adapter les territoires au changement climatique ». Toutes les audaces sont permises : le rétablissement du lit naturel d’un cours d’eau, le développement de nouvelles pratiques agronomiques, la création d’espaces naturels urbains sur des friches industrielles ou encore la gestion d’une forêt urbaine adaptée aux changements climatiques… L’essentiel est de « préserver, reconquérir la biodiversité, contribuer à améliorer sa résilience et son adaptation au changement climatique » sans oublier la mise en place de partenariats « avec tous les acteurs du territoire : entreprises, collectivités, associations et scientifiques ».

Plusieurs milliers d’euros seront débloqués pour les projets des lauréats, afin de soutenir des initiatives qui entretiennent ou incorporent la nature auprès des habitants de la métropole. Un projet complémentaire de celui de la municipalité, qui promet 20 000 nouveaux arbres dans la capitale dans les prochaines années.

Par un amusant retournement de l’Histoire, les Français, autrefois quasiment tous paysans et attachés à leurs lopins de terre, semblent vouloir renouer avec cet attachement à la nature. Des décennies d’exode rural et d’urbanisation n’ont pas freiné le besoin d’être en contact avec leur environnement.

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