En Côte d’Ivoire, transition énergétique et innovation font bon ménage

Encore très dépendante des énergies fossiles, la Côte d’Ivoire mise sur des projets innovants, comme les centrales à biomasse, pour atteindre ses objectifs de développement durable et maintenir des prix attractifs.

En Côte d’Ivoire, locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest, « l’engagement pour la transition énergétique est une réalité », selon Anne Désirée Ouloto, la ministre de la Salubrité, de l’Environnement et du Développement durable. Une réalité gravée dans la programmation énergétique du pays, selon laquelle les énergies renouvelables devront représenter 11% de son mix énergétique d’ici à 2020, puis 16% à l’horizon 2030 – hors énergie hydraulique.

Des projets à tout va pour accélérer la transition

Pour tenir ces engagements, les autorités ivoiriennes lancent projets sur projets ; et l’innovation est au rendez-vous. Le pays va ainsi construire la « première centrale électrique solaire flottante d’Afrique », a annoncé, début décembre, le ministère ivoirien de l’Energie. Bénéficiant d’un prêt de 80 millions d’euros de l’Agence française de développement (AFD), avec qui le gouvernement ivoirien a signé une convention pour une « coopération renforcée dans le domaine de l’énergie durable », les futures centrales solaires flottantes seront bâties sur les plans d’eau, lagunes ou bras de mer dont la Côte d’Ivoire dispose en grande quantité.

Autre innovation énergétique, la Côte d’Ivoire a annoncé en juillet dernier qu’elle construira la première centrale électrique au monde valorisant les déchets de cacao. Cette inédite centrale à biomasse, d’un coût de 232 millions d’euros, devrait être opérationnelle en 2023, et permettra d’économiser l’équivalent de 250 000 tonnes de CO2 par an. Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire imagine ainsi un moyen ingénieux de recycler une partie des 26 millions de tonnes de déchets issus de cette culture chaque année, tout en fournissant de l’électricité à ses habitants.

D’autres centrales à biomasse devraient voir le jour en Côte d’Ivoire, telles que celles développées par le groupe agro-industriel ivoirien Sifca, en partenariat avec l’entreprise française EDF. Ou encore une centrale à biomasse de palmier, dont la mise en service est prévue au premier semestre 2019 dans la région d’Aboisso, et qui délivrera une puissance installée de 66 MW. A Abidjan, une centrale de biogaz d’une capacité de 8,5 MW devrait également voir le jour l’année prochaine, et la construction de deux centrales solaires, d’une puissance respective de 20 MW et de 50 MW, est aussi prévue à court terme.

Une transition énergétique à la fois durable et inclusive

Si la Côte d’Ivoire accélère sa transition énergétique, c’est que la part des énergies thermiques (pétrole, charbon, gaz) représente encore entre 75% et 80% de son mix énergétique ; le substrat étant majoritairement assuré par les barrages hydroélectriques. Sous l’impulsion du président Alassane Ouattara, qui souhaite faire de son pays « le premier marché énergétique de l’Afrique subsaharienne à l’horizon 2030 », le gouvernement ivoirien s’est donc engagé à réduire la part des énergies fossiles à 66% de son mix d’ici à 2020 et à atteindre 34% d’énergies renouvelables dans sa production d’électricité.

« La Côte d’Ivoire a décidé (…) de mobiliser tous les moyens nécessaires pour assurer sa transition énergétique, confirme la ministre Ouloto, pour développer de façon durable son agriculture et pour intégrer ses déchets dans une économie circulaire ». Un engagement concrétisé par un investissement public de 7 000 milliards de francs CFA, soit l’équivalent de 10 milliards d’euros, et par le développement exponentiel du réseau électrique ivoirien, qui devrait passer d’une puissance installée de 2 200 MW à 4 000 MW en 2020 et 6 600 MW en 2030. Des progrès qui permettront de continuer à exporter l’électricité ivoirienne vers les pays voisins et, surtout, de maintenir ses tarifs à des niveaux abordables pour les consommateurs les plus modestes. Ou comment assurer une transition énergétique à la fois durable et inclusive.

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