Développement durable : le luxe prescripteur

Fortement émettrice de CO2, l’industrie de la mode doit se remettre en question afin de satisfaire aux nouvelles exigences sociales et environnementales des consommateurs. Pionnier en la matière, le secteur du luxe peut servir d’aiguillon et entrainer dans son sillage l’ensemble de l’industrie.

Dirty Fashion : au-delà du glamour et des tendances, l’industrie de la mode reste l’une des plus polluantes au monde. En termes d’empreinte écologique, elle arrive en effet juste derrière les secteurs de l’énergie et de l’alimentation. Alors que la production d’un kilogramme de coton nécessite entre 10 000 et 20 000 litres d’eau, la consommation de vêtements ne cesse d’augmenter au niveau mondial – vêtements dont 75% finissent dans une déchetterie, où ils se décomposent au lieu d’être recyclés.

Les Millennials imposent de nouveaux standards à l’industrie

Une pollution qui s’ajoute à celle de l’eau, dont 20% sont dus au secteur de la mode, et au rejet d’un demi-milliard de tonnes de microplastiques dans les océans, soit l’équivalent de 50 milliards de bouteilles en plastique. Enfin, selon un rapport publié cette année par Climate Works et Quantis, l’industrie de l’habillement représente, à elle seule, 6,7% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Si rien n’est fait pour enrayer ces dérives, l’impact de l’industrie de la mode sur le climat pourrait surpasser celui d’un pays comme les Etats-Unis et, d’ici 2050, le secteur utilisera le quart du budget carbone mondial.

Fort heureusement, une prise de conscience émerge chez les consommateurs et, singulièrement, au sein des Millennials, ces jeunes nés au cours des années 1980. Ultra-connectés, ultra-informés, ces jeunes clients sont aussi plus soucieux de l’impact social et environnemental des vêtements qu’ils achètent. Ils veulent en connaître l’origine et exigent des garanties sur leur processus de fabrication ; en d’autres termes, ils imposent à l’industrie de nouveaux standards de traçabilité, de transparence et de responsabilité.

Comment le luxe peut entrainer le secteur de la mode

Le secteur du luxe, qui ne représente que 5% à 10% des volumes mondiaux de ventes de vêtements, n’est pas épargné par les critiques. Mais il peut surtout s’imposer, grâce à l’aura médiatique qui l’entoure, comme un prescripteur de nouvelles tendances environnementales, sociales et sociétales. Les grandes maisons, les créateurs stars et les groupes multinationaux du luxe peuvent, de par l’influence qui est la leur, faire évoluer les consciences et favoriser le changement dans l’ensemble du secteur de la mode, de la « fast fashion » au luxe le plus exclusif.

C’est ce à quoi s’attelle le numéro un mondial du luxe, LVMH, qui finance depuis 2016 un « fonds carbone », destiné à encourager ses marques et maisons à imaginer des projets réduisant l’empreinte carbone du groupe. Une initiative qui rencontre un joli succès en interne, le nombre de projets étant passé de 64 en 2017 à 112 cette année. Des actions qui, pour 80% d’entre elles, concernent l’efficacité énergétique : travaux d’isolation, utilisation de lampes LED, remise aux normes des systèmes de chauffage ou de climatisation, etc.

D’autres marques du groupe vont encore plus loin, en mettant sur pied des projets de production d’énergie renouvelable, ou en recrutant un responsable énergie. Selon LVMH, son fonds carbone aurait ainsi permis d’éviter de propager quelque 2 500 tonnes de CO2 par an en 2018 – un chiffre comparable aux émissions de 1 600 ménages européens. Et ce n’est que le début, le groupe visant une baisse de 25% de ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2020.

Le numéro deux du secteur, Kering, s’essaie lui aussi au développement durable. En janvier dernier, le groupe a rendu public ses « Kering Standards », « une série d’exigences environnementales et sociales à la pointe de son secteur, qui couvrent les matières premières clés du Groupe (cuir, coton, matières précieuses…) et ses procédés de fabrication, et dont le champ d’application concerne Kering, ses maisons et (ses) chaines d’approvisionnement », selon son site Internet. Des standards qui passent par des « exigences minimum » ou pratiques incontournables et des « conditions additionnelles » à mettre en place d’ici 2025.

Vers une nouvelle économie du textile

Ces grands groupes de luxe, aux marges confortables, influenceront-ils les géants du prêt-à-porter, dont le business model repose sur le renouvellement permanent de collections interchangeables ? A moins que la solution ne vienne des marques elles-mêmes, qui pourraient proposer des vêtements conçus pour durer et être facilement recyclés, tout en libérant moins de pollution. Les nouveaux matériaux, l’innovation technologique et la mise en place de nouveaux circuits commerciaux, plus respectueux des hommes et de l’environnement, pourraient également contribuer à fonder cette nouvelle économie du textile en devenir.

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