Nicolas Hulot s’en prend à Europacity : le mauvais combat, au mauvais moment

Europacity Nicolas Hulot

Au micro d’Europe 1, le très médiatique ministre de la transition écologique est monté au créneau : le projet Europacity est une « folie des grandeurs » dont « il ne veut plus ». Après un an de mandat, l’ancien animateur TV tente un coup de communication pour faire vibrer la corde écologique des Français. Seul bémol : après avoir tout abandonné sur le nucléaire, le glyphosate ou la chasse, le ministre tape à côté, en s’en prenant à un projet plus vert qu’il ne le prétend.

Malgré plus de vingt ans de carrière chez TF1 et un an de ministère, Nicolas Hulot peine encore à maîtriser les canons de la communication. Interrogé au micro d’Europe 1 sur les trop nombreux renoncements auquel il a dû s’astreindre, le ministre de la transition écologique, qui n’a jamais été aussi proche de la sortie, a tenté de sauver les meubles.

Car le moins que l’on puisse dire, c’est que le brave ministre a joué le jeu de la solidarité gouvernementale : il a accepté sans broncher le CETA, et ses conséquences délétères sur l’élevage français, il a accepté le report de l’objectif de 50 % de nucléaire dans le mix électrique à 2035 (au lieu de la date de 2025), il a cédé sur la sortie du glyphosate, qui n’est désormais plus à l’ordre du jour, sans compter sur le projet minier de la montagne d’or en Guyane, qui sera probablement l’un des plus importants scandales écologiques du quinquennat.

« Dans les milieux écolos, je ne trouve plus personne pour comprendre qu’il soit encore là après tant de renoncements du gouvernement sur le front environnemental. Même ses plus ardents soutiens de toujours doutent et ont du mal à justifier sa posture », explique à Libération Jean-Marc Gancille, ancien proche de Nicolas Hulot.

Nicolas Hulot sera-t-il toujours ministre à l’automne ? Au bord de la démission, le ministre a présenté mercredi dernier son va-tout, son plan pour la biodiversité. Un constat assez juste, des mesures courageuses et intéressantes centrées sur la lutte contre la pollution des plastiques, le soutien à la préservation de la biodiversité dans le domaine agricole et la fin de l’artificialisation des sols. Près de 600 millions d’euros ont été débloqués pour ce plan, une somme quelque peu insuffisante au regard des enjeux, mais un bon début après un an de Présidence Macron décevante sur la protection de l’environnement.

Mais difficile de promouvoir ce nouveau plan, après tant renoncements successifs. Décrédibilisé et marginalisé, le ministre est déjà enterré par l’opinion : en octobre 2017, près de 49 % des Français pensaient qu’il ne serait pas en mesure d’imposer ses vues auprès du président de la République. Aujourd’hui, selon un sondage YouGov, 67 % des personnes interrogées en sont persuadées, soit une hausse de 18 points en moins d’un an. Comme plus personne ne l’écoute, Nicolas Hulot tente de parler plus fort. Quitte à dire quelques bêtises…

Le mauvais exemple Europacity

Muet sur l’absence de vidéosurveillance dans les abattoirs, discret sur les mesures « prochasse » d’Emmanuel Macron, silencieux sur la non-fermeture des centrales et le report de la baisse de la part du nucléaire dans la production électrique, taiseux sur l’importation de 300 000 tonnes d’huile de palme par Total, Nicolas Hulot, après un an de ministère, se décide à dénoncer… Europacity !

Une charge absurde, mais révélatrice de la vision de l’écologie de l’ancien animateur d’Ushuaia.

En effet, les porteurs de cet immense projet immobilier, et notamment le groupe Auchan, ont justement tout fait pour éviter la contestation : nouvelle ville aux portes de la capitale, Europacity concentrera en 2024 des centres commerciaux, un musée, un centre aquatique, mais aussi une ferme urbaine agroécologique en circuits courts, plusieurs parcs, des espaces verts, un bassin de rétention des eaux pluviales… Le projet s’est justement construit en prenant compte de la biodiversité locale, notamment la faune et la flore des différents parcs régionaux de la région, afin de les attirer sur le site. L’objectif ? Transformer ce mélange de banlieues, de terrains vagues et de champs de céréales arrosés de pesticides, en ville moderne, en harmonie avec l’environnement. Europacity permettra probablement de créer de la biodiversité là où il n’y en avait plus depuis 40 ans.

Le ministre devrait se réjouir de voir que des années de combats (médiatiques, culturels) portés par les militants de l’écologie portent enfin leurs fruits. Toute avancée est bonne à prendre, qu’elle soit portée par le monde associatif, le secteur public ou les entreprises privées, et on sait aujourd’hui à quel point la cause environnementale a perdu du temps en s’arc-boutant sur des positions dogmatiques ou trop radicales.

Une radicalité affichée pour rassurer ses anciens partisans, mais à mille lieues de l’écologie responsable et pragmatique que nous promettait Nicolas Hulot en arrivant au gouvernement. Rejeté par les acteurs de terrains et les militants de longue date, le ministre tente un dernier coup de communication. C’est raté.

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