La Cour des comptes critique Linky, la Commission de Régulation de l’Energie le défend

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La Cour des comptes a remis un rapport aux conclusions mitigées sur le déploiement du compteur communicant Linky. Une publication immédiatement remise en cause par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), l’autorité administrative indépendante en charge des marchés de l’électricité et du gaz, pour qui le compteur reste indispensable.

Parmi les observations de la Cour des comptes sur le déploiement du compteur communicant Linky, certaines semblent plus critiques que d’autres. D’un côté, la Cour confirme l’intérêt financier du compteur pour le parc des installations françaises, les collectivités locales, les producteurs et les distributeurs – et pour l’économie française en général. Les sages se rangent également aux avis de l’ANSES et de la CNIL selon lesquels un risque sanitaire et une compromission des données privées ne sont pas à l’ordre du jour. En revanche, elle se montre plus véhémente quand elle évoque les consommateurs, qui auraient moins à y gagner que prévu, dans le cadre du déploiement du compteur.

Un gain initialement évalué à 9,2 milliards d’euros

La Cour des comptes bat principalement en brèche l’idée selon laquelle le consommateur bénéficierait largement du déploiement des compteurs Linky.

« L’étude technico-économique a aussi montré que les gains pour les usagers variaient très fortement en fonction des hypothèses retenues : si la prévision de gain obtenu par les actions de MDE était de 2,3 Md€ en 2010, ces actions pouvaient aussi, avec d’autres hypothèses, se traduire par des pertes » relèvent la Cour des comptes.

Initialement, dit-elle, le déploiement était censé rapporter 9,2 milliards d’euros : 5,2 Mds d’euros grâce à un accès à des offres plus concurrentielles, 2,3 Mds d’euros liés à la valorisation de « l’allègement des contraintes pesant sur lui » (fin de la présence obligatoire lors de certaines opérations) et 1,9 Mds liés aux économies de consommation.

C’est principalement ces économies de consommation que remettent en cause les sages de la rue Cambon (soit 1,9 milliards sur 9,2 milliards, et non tout le projet).

Ces derniers pointent ainsi du doigt les difficultés rencontrées par les consommateurs pour qui l’utilisation du Linky ne serait pas intuitive. Elle souligne ainsi la nécessité de mettre en place des factures plus détaillées, en euros et non en kilowattheures. Ainsi, les consommateurs se saisiraient plus largement de ces nouveaux services… Ils réaliseraient ainsi les économies espérées.

Ce que la Cour des comptes regrette, en creux, c’est moins l’absence de rentabilité du compteur communicant pour le consommateur que le manque d’informations disponibles pour que ce dernier en profite. Un site Internet trop peu utilisé, l’absence de prospectus détaillés qui permettraient aux consommateurs de mieux se saisir du sujet ou encore des temps trop courts passés à échanger avec les techniciens (30mn maximum). Ces griefs peuvent donc encore être rectifiés.

« Les gains que les compteurs peuvent apporter au consommateur sont encore insuffisants. Ce sont pourtant eux qui justifient l’importance de l’investissement réalisé » avancent les sages, pour toute conclusion.

 

« Sans la réussite du projet Linky, pas de transition énergétique »

Ce rapport n’a pas manqué de faire bondir la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE), l’autorité administrative indépendante en charge, avec Enedis et l’État, de piloter le projet. Les experts de l’énergie semblent être en total désaccord avec les sages de la rue Cambon. « L’analyse du projet Linky, conduite par un prestataire extérieur en 2011 et mise à jour en 2014, conclut ainsi que le projet est légèrement positif à globalement neutre à la maille du seul gestionnaire de réseau Enedis. (…) Ainsi, les coûts de déploiement de Linky sont intégralement compensés par les gains attendus : il est donc financièrement neutre pour le consommateur, à la seule maille du gestionnaire de réseau. »

La CRE se lance ainsi dans une longue analyse technique, décrivant en quoi les gains complémentaires (diminution du temps de coupure, amélioration de la concurrence, présence du client non requise) sont en réalité synonymes de gains économiques pour l’usager final. Surtout, la CRE rappelle que contrairement à ce que prétend la Cour des comptes, le rôle du Linky est également de préparer à la transition énergétique en proposant des mesures d’effacement.

« Ces compteurs évolués sont essentiels à la transition énergétique en France : ils rendent possible la réduction de la consommation d’énergie, le développement de nouveaux acteurs et de services énergétiques qui pourront faciliter la vie du consommateur, et l’optimisation des coûts des réseaux et de leur performance » assènent les experts, pour toute réponse. Une opinion partagée, une fois n’est pas coutume, par le Ministère de l’action et des comptes publics.

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