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Le paradoxe photovoltaïque français

Il y a quelques années la France se lançait dans la course à l’énergie solaire alors que de nombreux sceptiques n’y voyaient au mieux qu’une industrie dont la rentabilité n’apparaitrait qu’après plusieurs décennies. Aux cotes de l’Allemagne, elle a participé à l’essor d’une filière industrielle dont le taux de croissance moyen mondial est de 45% par an depuis 2003. Une filière qui année après année dépasse les prévisions les plus optimistes.

La France y a investi massivement pendant plusieurs années et pour plusieurs années. Et pour quels résultats ! Un des leaders mondiaux des trackers est Français : Exosun, dont le chiffre d’affaire a augmenté de  plus de 2000 % (de 870 000 à plus de 20 000 000 ?) entre 2013 et 2014, voit son activité exploser à l’international.

Son président, Frédéric Conchy (qui a remporté le prix entrepreneur de l’année born global de l’année 2014) aime à pourfendre les idées reçues françaises largement répandues. Du coté des développeurs de projets, formés dans les meilleurs institutions et habitués à des contraintes administratives et environnementales complexes, la qualité de leurs travail est reconnue dans le monde entier.

Des atouts en France

Enfin, n’en déplaise aux mauvaises langues,  la France possède les structures adéquates pour développer une filière industrielle : faible cout de l’énergie, qualité des infrastructures, accès a de la main d’?uvre qualifiée sont autant de facteurs qui lui permettrait même de concurrencer l’industrie chinoise dans le domaine de la production de panneaux

Un arrêt brutal, une filière à l’agonie malgré des perspectives internationales exceptionnelles

La France avait fait le bon choix. Jusqu’au moratoire de 2010. Aujourd’hui, alors que la plupart des pays amorcent une expansion massive du solaire photovoltaïque, à commencer par les Etats Unis, la Chine, le Royaume Uni, le Japon mais aussi le Brésil le Mexique ou même la Russie, la France abandonne la partie.

Impatiente, elle aurait voulu des résultats plus rapides. Influencée d’un cote par les lobbys et de l’autre par ceux qui ont échoué à s’imposer sur le marché, elle a décidé à demi-mot d’abandonner cette filière qui aurait pu, qui aurait dû participer à une reprise tant espérée de l’économie.

Pourtant les analystes sont unanimes. De l’Agence Internationale de l’Energie aux plus grands groupes pétroliers tels que Shell, en passant par les cabinets de conseils (McKinsey) ou les banques d’investissement les plus influentes (Deutsche Bank, Citi, Morgan Stanley, Goldman Sachs et plus récemment Lazard), tous s’accordent à dire que la révolution solaire est déjà en marche, avec un chiffre d’affaire mondial prévu en 2020 de 140 milliards d’euros, soit une croissance de la puissance installée cumulée de plus de 20% par an.

La transition énergétique ? Oui ! mais aussi des actions urgentes !

Malgré cela, la France n’y croit plus. Elle refuse de faire les derniers investissements qui permettraient à ses entreprises de briller sur la scène internationale. Economies de bout de chandelles dirait la sagesse populaire?

La loi de transition énergétique se fixe des objectifs ambitieux, mais n’apporte aucune solution concrète. En particulier les outils nécessaires à l’essor des filières doivent être mis en place au plus tôt. Non seulement parce que les entreprises du secteur souffrent et voient leur compétitivité se réduire de plus en plus, mais aussi car 2014 constitue l’année charnière du secteur au niveau mondial.

De l’espoir d’une prise de conscience

En dépit de ce climat délétère, instauré en parti par l’attitude égocentrique et la vision court-termite de certains professionnels du secteur, je continue à croire en la France, à croire en sa capacité à prendre conscience de son égarement  avant qu’il ne soit trop tard et à amorcer le changement de cap qui fera d’elle un leader sur un secteur d’avenir.

Je continue à croire en une France conquérante, en une France qui gagne.